Deux ans après avoir réalisé Cinema Paradiso, Tornatore signe déjà un nouveau film. Dans la foulée de son chef-d'œuvre et de ses acclamations, il est l'heure de la confirmation désormais. Faire mieux que Cinema Paradiso serait inhumain, mais dire que Stanno tutti bene ne lui arriverait pas à la cheville ne serait qu'un mensonge. Parce que oui, Stanno tutti bene est un film moins bon, c'est évident, pourtant Tornatore parvient à nous raconter une fois de plus une histoire riche en émotion avec une recette sicilienne dont lui seul a le secret.
Lorsqu'on regarde Stanno tutti bene, Cinema Paradiso résonne en permanence dans notre esprit, la distribution, les thèmes et les sentiments évoqués y sont un clin d'œil évident à l'image du petit Salvatore Cascio et de Jacques Perrin qui partagent à nouveau le même personnage dans un film, bien que ce dernier n'apparaisse que sur les photos. Une anaphore distributionnelle peu commune, mais dont l'idée est géniale. Ennio, ami fidèle de Tornatore, a composé la B-O des deux films et il apparaît même à l'écran pour le plus grand bonheur de Mastroianni. Les clins d'œil n'en finissent plus dès lors qu'avant cela on arrive à reconnaître à plusieurs reprises la B.O. de La Cage aux folles composée par, vous l'avez deviné, encore ce diable de compositeur italien. Bien que cela soit anecdotique, c'est une nouvelle preuve d'estime de Tornatore pour Ennio. Un extrait marquant, c'est l'usage de l'accordéon qui est fort appréciable pour Notte nera, évoquant fortement la magnifique terre méridionale qu'est la Sicile, ma Sicile.
Bien que vieillissant mais avec un maquillage très prononcé, Mastroianni est impeccable et apporte fraîcheur et tendresse à l'écran, sous les traits siciliens de Matteo Scuro un père et un mari attentionné. Sûr du bonheur des siens, aimant et nostalgique au plus haut point, il entreprend un long voyage du Sud au Nord pour rendre visite à chacun de ses enfants, avec pour rêve de les réunir tous autour d'une table "comme avant".
Tornatore s'interroge principalement sur la vieillesse et les inévitables différents intergénérationnels qu'elle engendre. Dans cet équilibre recherché durant l'éducation d'un enfant pour qui un parent se consacre pleinement, il y a la difficulté plus tard, lorsqu'il grandit, d'accepter l'autonomie et les malheurs de celui-ci. Cette difficulté est accentuée par l'utopie de Matteo et la dystopie de ses enfants altérant légèrement leur relation parents-enfants.
Drôle, émouvant et comparable au cinéma d'Ettore Scola et principalement à C'eravamo tanto amati, Stanno tutti bene est un parfum de mélancolie. Pouvoir découvrir ce bijou le jour de la fête des pères est une aubaine. Soyons souvent présents pour nos parents au nom de l'amour qu'ils nous portent, ti amo papa.