En incipit, Altman solutionne l'un des grands sacerdoces du cinéma : représenter sans emphase, sans pastiche, sans ennui, sans dégouliner le métier d'écrivain. Le salut : disperser l'image, la distiller en images nouvelles, décomposer en concrétudes requises à la chose littéraire, mettre en exergue ce qui façonne et contre-façonner, présenter pour les joindre stases et hébétudes, énoncer le romantisme comme une auto-affabulation de l'autrice moins qu'une condition sine qua non au modus operandi de celle-ci, exalter le désir littéraire par le désir et/ou inversement ; de l'écartèlement concret faire sourdre, saigner l'esprit. Dispersion, distillation : un prologue en prisme à partir duquel tout se défait et se relie, halluciné, ahuri, doucereusement hysterisé ; d'images, d'imagination se comprend le double élan du monde phagocytées en images et celles-ci rabattues sur l'objet : le prosaïsme s'éclate, se dilacère et toute jointure déstructure, rassemble schizophrénique des trivialités. Semé ainsi, forme et filme confondent, étourdissent, transsubstantient des opérations pourtant éculées par ailleurs : le rêve s'intronise sidérant dans les anfractuosités d'une ellipse ; le mot d'auteur sourd tant empêché que suffoquant, murmurées en imprécations contrites comme tant de lignes, d'abord balbutiées puis enfin commises ; le miroir, tantôt revêche, théorique, tantôt contre-champs éructant ; la métempsychose enfin néantisée, abolie en son sein. D'arabesques en natures mortes, Altman postule un expressionnisme nouveau pour le cinéma, s'éployant dans ces heureuses concaténations de signes et d'interstices adamantins.