Imphy, capitale de la France
6.4
Imphy, capitale de la France

Court-métrage documentaire de Luc Moullet (1995)

En observant la vie parisienne (Paris, le cancer de la France, blâme-t-il d’entrée de jeu) Luc Moullet se demande s’il ne faudrait pas délocaliser la capitale, en prenant exemple sur Brasilia, Berne ou Islamabad. Trouver une ville moins pluvieuse, plus au sud. Une ville à la campagne. Il jette alors son dévolu sur Imphy, village de la Nièvre, situé pile poil au centre de l’hexagone.


« Imphy, moi je trouve que c’est parfait parce que y a de la place. Euh, le Sénat on va le mettre là ».


Bien que Moullet envisage d’emblée un terrain pour le ministère de l’intérieur ou celui des finances, entre vaches et rivière, Imphy s’avère humide, froide, brumeuse, la première autoroute se situe à soixante bornes, les terrains sont trop marécageux pour construire des bâtiments publics et Nevers, ville historique du Parti Socialiste est trop proche pour qu’on accepte d’implanter le gouvernement juste à côté. On est qu’au tiers du film et déjà, Imphy, c’est du passé.


Il sera ensuite question d’un ancien terrain militaire transformé en lieu de chasse à Avord, où Moullet imagine déjà la justice sur une île minuscule qui lui rappelle la géographie de Canberra. Mais pour Antonietta Pizzorno, qui l’accompagne comme elle l’accompagnait jadis sur Anatomie d’un rapport, et le fera plus tard dans La terre de la folie, Avord et Imphy même combat.


Nous irons alors à Comtal, dans l’Aveyron car pour elle il faut aller au sud. Pour lui, ça n’a plus aucun sens : « on a fait tout ce chemin pour pas grand-chose, on peut pas dire que ce soit très folichon ici hein ». « Ah moi j’aime bien, il fait beau. Voilà ça va être ici la capitale, fini le film ! »


Un peu à la manière d’une screwball comedy, le film devient une éternelle dispute sur le choix du lieu. La dimension comique et absurde chère à Moullet est toujours aussi efficace, même si ici on le sent plus paresseux, dans l’image et dans le texte, que sur bien d’autres tentatives. Mais l’idée est tellement géniale, le ton si caractéristique de son auteur, que de mon côté c’est un plaisir de bout en bout.

JanosValuska
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le 24 mars 2024

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