In Cold Light
5.4
In Cold Light

Film de Maxime Giroux (2026)

Comment vivre quand on a déjà tout perdu, y compris l'illusion de pouvoir recommencer ?

Avec In Cold Light, Maxime Giroux ne se contente pas de transplanter le code noir dans les vastitudes albertaines ; il en interroge la substance même, cherchant moins la tension du polar que la mélancolie qui suinte de ses marges. La lumière crue ne sculpte pas tant les paysages qu'elle ne les vide de leur substance, transformant les prairies et les sables bitumineux en territoires de l'âme où toute issue semble bouchée d'avance. Cette approche presque documentaire du décor dit quelque chose de fondamental : nous ne sommes pas ici dans le suspense artificiel, mais dans l'exploration patiente d'une fatalité géographique et sociale, celle d'une femme dont le passé n'est pas une faute à expier mais un poids à traîner.


Le film tire sa force la plus singulière de ce qu'il ose taire. La relation entre Ava et son père sourd-muet (Troy Kotsur, monumental de retenue) devient le cœur battant d'une réflexion sur l'indicible. En faisant de la langue des signes le vecteur principal des échanges les plus intimes, Maxime Giroux rappelle que le néo-noir, contrairement à ses promesses de révélation, parle souvent de ce qui ne peut se dire. La scène de dispute nocturne, baignée d'une lumière qui cligne au gré des corps, ne doit pas son intensité à un quelconque symbolisme facile, mais à sa vérité physique : elle nous confronte à l'idée que la communication véritable échappe aux mots, qu'elle est affaire de présence et d'absence, d'apparitions et de disparitions.


Reste l'intrigue criminelle, que d'aucuns jugeront convenue, et ils n'auront pas tout à fait tort. Mais c'est peut-être précisément dans cette banalité assumée que réside la provocation du film. En refusant les rebondissements spectaculaires ou les méchants mémorables (Helen Hunt n'est qu'une ombre parmi d'autres), Maxime Giroux nous force à regarder ailleurs : vers ce sentiment d'enlisement que la caméra capture avec une obstination presque clinique. On ne regarde pas In Cold Light pour savoir comment Ava s'en sortira, mais pour éprouver avec elle l'épuisante mécanique d'un monde qui n'offre d'autre horizon que la répétition. C'est un film qui troque l'adrénaline du genre contre la gravité d'une question : comment vivre quand on a déjà tout perdu, y compris l'illusion de pouvoir recommencer ?

Créée

le 2 mars 2026

Critique lue 72 fois

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