Le réalisateur québécois Maxime Giroux est un cinéaste connu et reconnu au sein du cinéma très vivant de la Belle Province. On lui doit une demi-douzaine d’œuvres très diverses dont le trop particulier et bizarre « La grande noirceur », dans lequel jouait d’ailleurs le français Romain Duris, ou encore l’excellent suspense financier « Norbourg », son dernier opus en date. Giroux voit plus grand et tourne pour la première fois totalement en anglais dans une autre province canadienne, l’Alberta, son nouveau long-métrage « À froid ». Il enrôle l’une des nouvelles reines du film de genre, Maika Monroe qui a été révélée par « It follows » et revue dans « Longlegs » ou encore le remake de « La Main sur le berceau ». Mais il y a également l’acteur sourd et muet oscarisés pour « Kofa » Troy Kotsur et la revenante Helen Hunt, également récipiendaire de la statuette dorée, pour une seule scène pas aussi roborative que prévu. Son film est moyennement réussi malheureusement. Si, niveau formel, il en jette, c’est au niveau de l’écriture que ça coince.
Visuellement et auditivement, on ne peut nier que ce polar poisseux a de la gueule. Dès le premier plan sur le personnage principal en train de se shooter devant un majestueux canyon des fameuses Badlands, on sent que « À froid » va se démarquer sur la forme, avec une vraie patte visuelle. La suite ne démentira pas cette impression même si ce sont les scènes nocturnes, près des deux tiers du film, qui captent le plus la rétine. La mise en scène est au plus près des actions des personnages et la fuite d’Ava dans les recoins les plus sordides de la ville d’Edmonton va être magnifiée par des éclairages au néon très stylisés et une façon de filmer sur le qui-vive très addictive. L’atmosphère dépeinte ici, crépusculaire et anxiogène, est très probante. La bande sonore, angoissante et sinistre, rajoute une touche à cette impression.
Le film est donc très réussi à ce niveau mais dommage que le fond ne suive pas toujours. Si les prémisses de l’intrigue sont plutôt encourageantes même si pas toujours claires, la suite va souffrir de nombreux couacs et autres trous d’air dans le scénario. Déjà, cette histoire de drogue, de flic corrompu et de territoire n’a rien de follement original mais c’est surtout pas mal d’invraisemblances qui dérangent comme celle qui voit Ava aller directement dans la gueule du loup lors du dernier acte. Et, encore pire, il y a des décisions prises par les personnages qui ne font pas vraiment de sens. Comme ce qui va se passer lors de l’épilogue. Dans ces conditions, difficile de continuer à être captivé par ce qui se joue sous nos yeux. De réels souci d’écriture et un jeu d’acteur pas très stimulant empêchent donc « À froid » d’être la réussite qu’il aurait pu être.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.