Un film de John Boorman sur un sujet difficile, bien loin des "Delivrance", "Excalibur" ou encore de "la forêt d'Emeraude".

Le "sujet difficile" concerne ces "commissions vérité et réconciliation" voulues par Nelson Mandela après son arrivée au pouvoir en Afrique du Sud, marquant la fin de 40 ans d'Apartheid, soit l'équivalent de deux générations.

Ces commissions parcourent le pays et mettent, localement, face à face victimes et bourreaux, qui racontent pour les uns, s'expliquent pour les autres. L'amnistie peut alors être accordée, sous conditions, aux bourreaux. Ces confrontations sont publiques et sont couvertes par la presse nationale mais aussi internationale.

Boorman a construit son film sur la base de ces confrontations observées et commentées par un journaliste afro-américain Langston (Samuel L. Jackson) et une poétesse afrikaner (donc blanche) Ana, chargée de couvrir l'évènement pour une radio sud-africaine, assistée de son ingénieur du son, Doumi (Juliette Binoche et Menzi Ngubane).

Et c'est peut-être là que le bât blesse un peu car les confrontations sont vues à travers les réactions des deux compères, enlevant une partie de la profondeur de la confrontation. En effet, le journaliste est dans une posture "tous les blancs sont coupables" jusqu'à même employer le terme, inapproprié, d'holocauste. Tandis qu'Ana n'en finit pas de découvrir un dessous des cartes qu'elle ne soupçonnait pas, déclenchant à chaque affaire une crise de larmes, attitude qui a l'inconvénient d'affadir le personnage d'Ana et surtout de porter l'émotion là où elle n'a rien à faire.

Mais surtout, quel besoin avait Boorman de mettre en place une romance entre les deux journalistes ? Ok, d'accord, il y a le symbole ! "Voyez, bonnes gens, ce qui est difficile aux US est si facile en Afrique du sud" … On oublierait presque que c'est à plus d'un titre complètement improbable. Déjà du fait des positions antinomiques de l'un et de l'autre mais aussi face à la famille afrikaner d'Ana, sans oublier le contexte encore frais de l'apartheid. Au final, ça ne peut que brouiller le message déjà bien suffisamment complexe de ces commissions "vérité et réconciliation" dont on aurait aimé approfondir les conclusions et mesurer l'apport positif, humaniste, à la société sud-africaine en pleine renaissance.

Parce qu'on se rend bien compte dans le film que la Vérité n'est pas forcément aussi simple à cerner et que les gens présents ne sont pas forcément simplement ce qu'ils paraissent. Parce que, si le travail de ces commissions est indispensable pour la réconciliation du pays, il est certainement illusoire d'imaginer que 40 ans d'apartheid puissent s'effacer comme par enchantement.

Mais là le film de Boorman ne fait que laisser entendre, laisser entrevoir et préfère rester dans un certain flou.

Finalement, je crains que le cinéma ne soit pas le meilleur média pour traiter ce type de "sujet difficile" sinon pour mettre en évidence que la connaissance de la Vérité va dépendre des tiroirs qu'on veut bien ouvrir ou qu'on laisse fermés.

Et j'en viens même à me demander si le film "Invictus" d'Eastwood, infiniment plus modeste dans son ambition, n'est pas simplement plus efficace.

La note est encore ici un exercice délicat : je vais rester au niveau du principe en mettant 6, c'est-à-dire à considérer que j'apprécie globalement, pour l'idée de base, ce film mais sans conviction sur la méthode utilisée …


JeanG55
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Films historiques, Les meilleurs films de 2004 et Films de John Boorman

Créée

le 5 juil. 2025

Critique lue 21 fois

JeanG55

Écrit par

Critique lue 21 fois

2

D'autres avis sur In My Country

In My Country

In My Country

4

Morrinson

2180 critiques

La fin d'un régime d'oppression, en évitant d'en générer un autre

John Boorman déçoit assez tragiquement en échouant à exploiter de manière convenable une véritable mine d'or liée à l'Histoire récente de l'Afrique du Sud : la fin de l'apartheid, conceptualisé et...

le 7 déc. 2016

In My Country

In My Country

6

JeanG55

2415 critiques

Country of my Skull

Un film de John Boorman sur un sujet difficile, bien loin des "Delivrance", "Excalibur" ou encore de "la forêt d'Emeraude".Le "sujet difficile" concerne ces "commissions vérité et réconciliation"...

le 5 juil. 2025

In My Country

In My Country

3

hellpast

13 critiques

Projet Coast

Juste pour information je vous livre un des aspect des plus sombre et peu connu de l'apartheid : le projet coast : Le Projet Coast était un programme d'armes bactériologiques et chimiques...

le 22 févr. 2020

Du même critique

La Mort aux trousses

La Mort aux trousses

9

JeanG55

2415 critiques

La mort aux trousses

"La Mort aux trousses", c'est le film mythique, aux nombreuses scènes cultissimes. C'est le film qu'on voit à 14 ou 15 ans au cinéma ou à la télé et dont on sort très impressionné : vingt ou quarante...

le 3 nov. 2021

Le Désert des Tartares

Le Désert des Tartares

9

JeanG55

2415 critiques

La vanité de l'attente de l'orage

C'est vers l'âge de vingt ans que j'ai lu ce livre. Pas par hasard, je me souviens très bien qu'un copain me l'avait recommandé. J'avais bien aimé. Cependant, je n'ai jamais éprouvé le besoin de le...

le 7 avr. 2023

125 rue Montmartre

125 rue Montmartre

8

JeanG55

2415 critiques

Quel cirque !

1959 c'est l'année de "125 rue Montmartre" de Grangier mais aussi des "400 coups" du sieur Truffaut qui dégoisait tant et plus sur le cinéma à la Grangier dans les "Cahiers". En attendant, quelques...

le 13 nov. 2021