Dès les premières minutes, on se rend compte que In the Mood for Love n'est pas un film comme les autres. Synopsis de trois lignes (Thierry Jousse dira dans les Cahiers du cinéma : " Un homme et une femme, voisins de paliers, trompés chacun par leur conjoint respectif vivent une relation platonique, sous le signe de la rêverie et de la frustration avant de se séparer définitivement"), mise en scène irritante, esthétique étouffante, personnages déroutants,...

Mais tous ces éléments ont une raison d'être : ainsi, le scénario, qui nous offre l'une des plus belles et des plus déchirantes histoires d'amour de la décennie, dépasse la fiction pour devenir véritable interrogation sur le temps : il ne s'agit plus d'une simple histoire d'amour impossible, mais d'une réflexion sur le statut même de cette histoire, avec sa part de fantasme et d'imaginé. Et ce que nous voyons à l'écran n'est pas une narration cinématographique avec des codes bien précis mais la douloureuse présence d'un espace-temps indéfini qui remonte sans cesse à la conscience de M. Chow.

L'esthétique, avec ses couleurs oppressantes, ses plans rapprochés, nous montre d'une part l'étroitesse de Hong-Kong dans les années 60 (la cage d'escalier en est le symbole même : pas de place pour deux personnes et cette série de montées et descentes d'escaliers, en haut vers la chambre et en bas vers la cantine, reproduit les deux mouvements de l'âme dans la théosophie : essor et chute.) mais d'autre part les sentiments de M. Chow et Mme Su envers l'un et l'autre. Et ce n'est qu'à la dernière scène, où le réalisateur filme avec un plan large un temple du Cambodge, que la libération s'opère : M.Chow, qui enfoui son secret dans le mur du temple, est libéré des sentiments dont il ne pouvait se défaire.

Enfin, les nombreux ralentis ne sont pas des brillances techniques dans l'intention de faire « beau ». À l'inverse de leur beauté formelle et évidente, ils expriment le raté et la perte du temps. Il en va de même pour la répétition de scène, qui témoigne l'impossibilité de retrouver concrètement le fait même, et l'impossibilité d'être dans le présent, d'y retourner pour le revivre.

In the Mood for Love est bel et bien un pur chef-d'oeuvre qui aurait amplement mérité la Palme d'Or à Cannes en 2000. Le jury avait préféré donné le prix d'interprétation masculine (une erreur pour ma part). Dommage aussi qu'il n'y ait pas de prix de la meilleure musique : In the Mood for Love l'aurait remporté haut la main !
baptbapt
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le 8 nov. 2011

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Baptiste Salvan

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