Alors que l’industrie du cinéma, technophile par nature, est lancée à l’ère du numérique dans une course à la définition, le filou Hong Sang-Soo nage à contre-courant et dérègle la mise au point, plongeant son nouveau film, In Water, dans un permanent flou artistique. D’abord l’œil résiste, cherche à tout prix le détail, souhaitant endiguer cette indécision visuelle, cette troublante absence de focalisation. Vient ensuite le relâchement de la rétine, l’acceptation de la myopie : le regard circule alors au milieu des vagues de couleurs et de formes en perpétuelle évolution, tandis que le récit se résume à une esquisse volontairement rudimentaire. Comme pour le protagoniste du film, un apprenti réalisateur en manque d’inspiration, la révélation du spectateur se trouve dans les remous du réel, indistincts et insaisissables. La dernière séquence, sublime, le dit justement : il faut simplement savoir se laisser submerger. Passer du fragment naturel à l’œuvre d’art, voilà le miracle répété de Hong Sang-Soo, cinéaste-impressionniste par excellence.