J'ai une bonne myopie. Disons -6, et ce film est carrément à -8 au moins, par moment. Je pourrais le regarder sans lunettes et de cette manière encore mieux déconstruire les formes et penser le monde en touches diffuses.
J'avais un peu peur de cette histoire de type qui veut faire des films mais n'a pas d'inspiration, cette mise en abime m'a toujours emmerdé mais je crois que je la comprends ici pour la première fois, Ici c'est tellement juste, le réal peut-être prend vraiment au pieds de la lettre "the medium is the message" et peut-être est-ce pour lui le seul vrai sujet possible pour un film, le fait de faire le film en soi. On se dit peut-être que c'est un scénario inversé, mis en abîme mais dans l'autre sens. On ne regarde plus une fiction mais un documentaire qui ne dit pas son nom sur comment HSS a fait son film.
Tout est tellement minimaliste, lumière naturelle, 3 acteurs, et à peine plus de décors, une musique enregistrée avec un son crado,, exactement en écho au film que les personnages tournent , qu'on peut se dire que c'est dans la logique.
Donc le film est flou, faut oser quand même.
Le gars porte vraiment ses couilles.
Mais du coup, comme quand un myope comme moi n'a pas ses lunettes, il y'a un gros travail sur le son qui contraste et est à l'inverse d'une grande "netteté", on écoute avec d'autant plus d'acuité chaque dialogue, on s'intéresse pour une fois au son des voitures qui passent au loin, au vent.
Alors pourquoi c'est flou?
Au départ c'est un peu bateau mais on se dit le type est dans le flou il ne sait pas quoi faire donc ben c'est flou quoi!
comme y'a que les scène d'intérieur qui sont nettes, on se dit quand il arrête d'être dans le flou c'est net mais ma chéri me dit dans l'oreillette que c'est sûrement parce que techniquement c'est compliqué avec peu de lumière de gérer autrement.
Sur les plans longs, on s'amuse à chercher où est la focal on se dit peut-être qu'il cherche à nous faire voir ce qui est hors champ. On peut se dire aussi que ça "diffuse", silhouettise, anonymise, les acteurs et que ça pourrait être n'importe qui du coup mais ça parait un peu simpliste . En fait ça va plus loin, ou moins loin, enfin c'est flou quoi.
Déjà, il y'a ce décor de route qui revient avec les ballustrades qui créent un dégradé arc en ciel qui traverse le plan. Et puis on a ce dernier plan où l'acteur va se fondre littéralement dans le décor, c'est le fameux "Monet shot" et là on comprend ce qu'on avait sûrement déjà pigé, en fait, depuis le début les acteurs et le décor ne font qu'un. C'est un chemin vers l'abstraction, vers : on mate des formes. Comme la femme qui ramasse les déchets et contraste avec le monochrome pierreux, qui ramasse des couleurs pour les mettre dans son sac, ils sont juste des nuances, des vibrations, des touches à contempler pour ce qu'elles sont. Des tâches qui bougent, qui s'agencent et composent des tableaux parfois très moches et quelquefois magnifiques.