Le principal problème d'Infernal Affairs est aussi sa principale qualité : avoir donné naissance à Les Infiltrés. Difficile, lorsqu'on découvre l'original après le remake de Scorsese, de ne pas tomber dans la comparaison. Le scénario conserve sa solidité, mais une partie de l'effet de surprise a disparru.
Peu de polars comprennent aussi bien que le suspense n'est pas qu'un question d'information cachée: ici, le spectateur connait les deux taupes. Pourtant, la tension ne cesse de grimper: c'est une bombe dont on ignore l'heure exacte de l'explosion.
Andy Lau et Tony Leung portent le film, qui repose en grande partie sur leur capacité à faire exister ces hommes qui prétendent être quelqu'un d'autre.
Visuellement, Infernal Affairs aime un peu trop ses métaphores: les vitres, les reflets, les surfaces réfléchissantes : le thème de la duplicité est omniprésent. Ce n'est pas d'une subtilité folle, mais c'est suffisamment bien photographié pour que l'on pardonne l'insistance. En revanche, certains choix de narration résistent moins bien, tels les flashbacks explicatifs venant rappeler un élément survenu quelques minutes auparavant.
Je continue à préférer la version de Martin Scorsese, mais il serait injuste de réduire ce film à son statut d'original. S'il a engendré un remake aussi réussi, c'est avant tout parce que ses fondations étaient déjà excellentes.