Inland
7.3
Inland

Film de Tariq Teguia (2008)

Par Jean-Philippe Tessé

La promesse apportée par Rome plutôt que vous s’est muée en certitude. Certitude que l’Algérie tient en Tariq Teguia un cinéaste de premier plan. Reste à savoir ce qu’elle va en faire. Pour l’instant, rien : peu de soutien, peu d’encouragements, on pardonne difficilement à Teguia (comme à Malek Bensmaïl, autre figure du cinéma algérien, documentariste brillant) d’évoluer en marge d’un système encroûté, en autonomie, avec une licence poétique et une liberté de penser sans équivalent. C’est trop long, dit-on, trop ceci ou pas assez cela. En attendant, le problème des films algériens qu’on ne vois pas en France, est d’abord et avant tout qu’ils ressemblent peu à des films : bricolés, totalement anachroniques, ni faits ni à faire (le problème des techniciens est le problème fondamental de nombreuses cinématographies du Sud). Chez Teguia, au moins, on est vite rassuré : Inland démarre sur les chapeaux de roue, un générique noyé de poussière, une discussion d’activistes politiques pris au vol, des plans sur le désert rocheux et ses cailloux, puis raccord sur un champ très vert, et au milieu du champ, un arbre, et sur l’arbre, un pendu.

Tariq Teguia est très fort là-dessus, il possède un sens très sûr du cadre et de la lumière, il percute vite les lieux où il tourne et c’est ainsi qu’Inland offre la double impression d’être vif et suspendu, serré et, comme on dit, contemplatif – du roc et de l’herbe. C’est que la mise en scène s’accroche immédiatement avec un paysage. Des intérieurs, on ne verra pas grand-chose, mais c’est important : d’une part une réunion d’activistes qui s’échauffent dans une discussion échevelée où se formulent des propositions brûlantes (de « il n’y a pas d’intellectuels, l’intellectualité traverse la société » à « je vais devenir hermaphrodite ! »), d’autre part deux scènes tristes où le personnage principal, Malek, ici vient prendre connaissance de sa mission (faire un relevé topographique dans un patelin) auprès d’un homme taciturne qui semble le connaître mieux que tous (joué par Ahmed Benaissa, homme de théâtre et figure justement râleuse de la culture algérienne), là retrouve sa femme, en instance de divorce, avant de partir. Deux scènes tristes, filmées « modernes », qui anticipent et accomplissent ce que ailleurs le film saisit : une désertification. Comme si le les sables du désert arrivaient déjà. (...)

Lire la suite sur : http://www.chronicart.com/cinema/inland/
Chro
10
Écrit par

Créée

le 10 avr. 2014

Critique lue 430 fois

Chro

Écrit par

Critique lue 430 fois

D'autres avis sur Inland

Inland

Inland

9

B-Lyndon

268 critiques

Le mot Possible

Un film qui n'a pas peur de l'humanisme. Je dirai même : un film qui n'a pas peur du cinéma - pas peur d'embrasser toutes ses puissances. Ample et sec, écorché et réflexif, lyrique et politique,...

le 27 nov. 2018

Inland

Inland

10

Chro

506 critiques

Critique de Inland par Chro

Par Jean-Philippe Tessé La promesse apportée par Rome plutôt que vous s’est muée en certitude. Certitude que l’Algérie tient en Tariq Teguia un cinéaste de premier plan. Reste à savoir ce qu’elle va...

le 10 avr. 2014

Inland

Inland

10

hédoniste

50 critiques

Critique de Inland par hédoniste

Et le 7ème art les réunit tous dans cette oeuvre.

le 12 janv. 2014

Du même critique

Les Sims 4

Les Sims 4

4

Chro

506 critiques

Triste régression

Par Yann François « Sacrifice » (« sacrilège » diraient certains) pourrait qualifier la première impression devant ces Sims 4. Après un troisième épisode gouverné par le fantasme du monde ouvert et...

le 10 sept. 2014

Il est de retour

Il est de retour

5

Chro

506 critiques

Hitler découvre la modernité.

Par Ludovic Barbiéri A l’unanimité, le jury du grand prix de la meilleure couverture, composé de designers chevronnés, d’une poignée de lecteurs imaginaires et de l’auteur de ces lignes, décerne sa...

le 10 juin 2014

Ultraviolence

Ultraviolence

3

Chro

506 critiques

Comme une parodie d’une BO de Lynch, interprétée par une godiche lobotomisée.

Par Tom Gagnaire Chez Lana Del Rey, tout semble tellement fake qu'on peine à croire à la sincérité de la demoiselle dans cette tentative risible de vouloir faire un disque plus abrasif, rauque et...

le 26 juin 2014