Ce film a eu pour moi une sorte d'effet à libération prolongée. Je l'ai visionné, bien aimé, j'ai beaucoup apprécié la musique, et sincèrement accroché à la prestation d'Oscar Isaac, que j'aimais déjà bien, et que j'aime encore davantage maintenant. Pour autant, sur le moment, certains aspects m'ont laissée un peu perplexe. Pour citer ce qui me vient en premier : pas de trajectoire totalement lisible, et quasi absence des marqueurs habituels absurdo-humoristiques des frères Coen. C'est donc un honorable 7/10 que j'ai décoché sur le moment, ce qui est déjà plutôt bien, sachant donc que je m'attendais initialement à un film un peu différent (pas grand-chose ici ne vient “rattraper” la mélancolie).
Mais durant les heures qui ont suivi, et le lendemain, cette histoire m'est restée en tête. Ce n'est pas forcément un film que je re-regarderai 100 fois (la BO en revanche me fait de l'œil, euh pardon, de l'oreille), mais la trace qu'il laisse dans mon esprit me pousse à me pencher un peu plus sur la question — et à le gratifier d'un point de plus, dans ma grande générosité ;)
Bon, déjà, on suit un artiste. Talentueux certes, mais pas reconnu. Rien que pour ça, il était écrit que ce film me parlerait au moins un petit peu, tant j'aime suivre ce type d'épopée — Ulysse le chat roux ne me contredira pas ;)
On oublie les paillettes, le coup de bol providentiel, la petite pichenette affectueuse de l'univers. On oublie aussi le héros aimable, doux, qui tend l'autre joue. On suit Llewyn dans ce portrait sans complaisance, Llewyn qui, même entouré, est désespérément seul, — pire que seul, même —, dans sa tentative de percer en solo, dans l'ombre de son acolyte disparu. Llewyn dont l'amertume déborde parfois. Llewyn fatigué, encombré par sa guitare, prolongement de lui-même mais qui ne lui permet même pas de posséder son propre canapé.
Je crois que ce qui me touche, finalement, c'est l'honnêteté de ne pas chercher une résolution qui serait artificielle, et qui brouillerait le propos, peut-être.
Ce film me laisse donc avec une sensation de mélancolie un peu abrasive, mais qui semble aussi dire, “bah, la vie continue…”. Des fois, au-delà de nos choix, de notre talent, de notre acharnement — de nos erreurs même — on n'est peut-être juste pas au bon endroit au bon moment. Et ça, ça ne définit pas qui on est, ni ce qu'on “””vaut””” (avec moult guillemets, pour tout ce qui est “valeur”…).
Les films pour s'évader, c'est bien, et loin de moi l'idée de les bouder, mais un rappel des petites vérités de la vie qui piquent, ça a aussi son charme… surtout quand ledit rappel est servi par la douce voix d’Oscar Isaac et sa fidèle guitare.