Avec Intolerance, D. W. Griffith répond aux polémiques suscitées par Naissance d'une Nation en livrant une œuvre d’une ambition démesurée. Plus qu’un film, c’est une déclaration : celle d’un cinéma capable d’embrasser l’Histoire entière pour en extraire un même fil conducteur, celui de l’intolérance humaine à travers les siècles.

Le dispositif est vertigineux. Quatre récits, situés à des époques différentes (de la Babylone antique à l’Amérique contemporaine) s’entrelacent dans un montage alterné d’une audace folle pour l’époque. Griffith ne se contente pas de raconter, il invente une nouvelle manière de penser le cinéma, jouant sur les correspondances, les échos, les accélérations.

Visuellement, le film est tout simplement sidérant. Les décors monumentaux de Babylone, les foules en mouvement, l’ampleur des scènes : tout concourt à créer un spectacle total, presque irréel. On sent une volonté de dépassement, comme si le cinéma refusait déjà ses propres limites.

Et pourtant, malgré cette complexité, l’émotion est bien là. Certaines séquences, notamment dans le récit moderne, conservent une puissance dramatique intacte. Le montage final, haletant, donne au film une intensité rare, où toutes les époques semblent converger dans un même cri.

Bien sûr, l’ensemble peut désarçonner. La structure exige une attention constante, et certains passages paraissent aujourd’hui plus inégaux. Mais cette démesure fait aussi partie de sa beauté : Intolerance est une œuvre qui déborde, qui ose, qui expérimente.

Difficile de ne pas reconnaître ici un jalon majeur de l’histoire du cinéma. Un film qui impressionne autant qu’il emporte, et qui donne le sentiment d’assister à la naissance d’un art en pleine expansion.

acalvi06
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le 12 avr. 2026

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