Iron Lung est la bonne surprise qu’il s’annonçait être ! Je dois dire que le flair de Markiplier sur les véritables qualités du jeu – c’est-à-dire non son gameplay mais bien le minimalisme des informations, la claustrophobie et la paranoïa, qui sont bien plus exploitable sur le grand écran – m’avait fait dire qu’il était très bien parti pour réaliser un bon film, et pour moi, ça ne manque pas !
La principale force du film, qui reste assez classique, est qu’il a su disposer de tous les éléments qu’il présente, et les exploiter jusqu’au bout. Ainsi, la fragilité du sous-marin est ressentie à chaque vibration et en devient presque aussi dangereux que les créatures qui rodent à l’extérieur, tandis que l’étroitesse est ressentie grâce à la stricte focalisation de l’histoire et de la caméra à l’intérieur du véhicule, sans jamais avoir la maladresse d’en sortir pour « varier » les angles, ce qui aurait dénaturé les sentiments de claustrophobie et de l’inconnu extérieur.
Il en va de même pour les outils ; une radio défectueuse, un indicateur de pression, de niveau d’oxygène et même de feu, des coordonnées GPS imprécises, un hublot qui ne sert à rien, un appareil photo comme seule source de lumière et de vision extérieure… Il est clair que ces éléments ont une vocation, et certaines ne seront pas surprenantes dans leur utilisation (je pense à la hausse du CO2 dont on comprend vite qu’elle risque d’impliquer des hallucinations). Mais le fait est leur utilisation est bien amenée, et parfois-même surprenante ; ainsi le petit sous-marin révèle ses entrailles et tous ses secrets qui vont en dire tout juste un peu plus sur le monde extérieur, les fuites toujours plus présentes sont une source d’inquiétude, les outils à bords sont astucieusement utilisés, le défaut de visibilité est contourné grâce à la carte et les informations disponibles, le hublot qui menace de se briser après une ouverture accidentelle du bouclier etc.
Mais le meilleur reste surement les conséquences du manque d’oxygène, qui viennent ici clairement combler les effets de l’incendie à bord du sous-marin dans le jeu qui restait assez sommaire, et qui révèlent toute l’horreur du monde, le tout en nous faisant jouer sur l’authenticité ou non des évènements (lorsque les problèmes arrivent c’est assez évident, mais plus on s’approche de la fin, plus la confusion grandit). De même pour l’utilisation de l’appareil photo ; ce qui se révèle dans les profondeurs de l’océan de sang a de quoi effrayer, mais son utilisation accidentelle est un coup de génie !
La rouille du sous-marin en devient contagieuse et rend malade son capitaine, et nous avec, et c‘est une vraie folie dégénérative qui s’empare de nous ! Et contrairement à ce que j’ai pu entendre, les 2h07 du film passent, à mon humble avis, très bien, car tout acheminement est logique, toute intempérie arrive au bon moment, et l’atmosphère pèse sur nous autant que le fer de cette carcasse.
Et je dois dire que je suis très satisfait de voir que tout se passe à l’intérieur du sous-marin, on n’en sort jamais, ce qui montre une fois de plus que Markiplier a compris quel est l’intérêt véritable du film, et jamais il ne s’en éloigne au profit de la facilité qui risquerait de rompre avec le sentiment général de cette machine. Et que dire de cette fin haute en couleur, en sang et en gore ? Le film se permet des libertés par rapport au jeu qui sont tout à fait grandiose, on n’est jamais dans l’excès malgré les hectolitres de sang, car tout le mystère de cet océan rend légitime l’action, et rend la terreur sincère.
Maintenant, tout n’est pas parfait, loin de là. Si je trouve le film assez classique, il lui arrive de tomber dans le cliché. Je pense tant à certaines hallucinations du protagoniste qui sont grosses comme une maison, mais surtout les flashbacks liés au « lore » avec l’Eden et la station filament. Si leur utilisation reste discrète, je ne les trouve pas trop pertinent, surtout pour ce que ça renvoi, à savoir la culpabilité de notre protagoniste qui est accusé à tort et envoyé dans ce sous-marin en guise de sanction, ainsi que les conversations qu’il a avec l’extérieur. Tout ça pour faire « copinage » et montrer son bon cœur (comme en s’échangeant leurs noms) … mouais, vu 1001 fois, et pas pour autant bien apporté, d’autant plus que le film aurait à mon avis gagné à avoir un vrai criminel sans scrupule qui a vraiment tué des dizaines de personnes de sa propre volonté. Quitte à ce qu’il soit « réhabilité » via cette mission justement ! On aurait pu voir quelqu’un se faire finalement un vrai souci pour l’humanité dans ses derniers moments, alors qu’il comprend qu’il n’en sortira surement jamais. Ou au contraire, il reste indifférent au sort de l’humanité, mais fait ce qu’on lui demande en espérant qu’il sera vraiment réhabilité. Disons que, par défaut, on aura de la pitié pour ce gars enfermé dans un enfer de poche, montrer qu’il est ici par accident, ok pourquoi pas, mais en faire une sorte de mélodrame, ça indiffère. Peut-être aussi que ce choix a été fait parce que Markiplier n’est pas le genre de gars qui donne l’impression d’être un caïd sans scrupule.
J'ai aussi la sensation que le film est vraiment plus clair lorsqu'on joue au jeu ou qu'on en a vu des vidéos, alors que le film pouvait clairement s'en distancer. C'est surement dû au fait que le film prenne au final peu de temps pour montrer les mécaniques de base, et rentre immédiatement dans le vif du sujet (faut dire que dans la salle de cinéma, on a été plongé dans le noir avec le film qui se lance sur une voix off sans plus de contexte, et plusieurs ont été surpris dans la séance). Même en ayant vu des vidéos de Markiplier sur le jeu, et connaissant ses mécanismes, j'ai quand même eu du mal à lire les coordonnées GPS par exemple, ou encore la carte et ce qu'il y trouve. 1 ou 2 minutes de plus auraient largement suffis.
La mise en scène en faisait aussi un peu trop à certains moments, non pas que ce soit vulgaire, mais que le film aurait gagné à mettre moins de contre-plongée, de plans élargis, ou de travelings, afin de renforcer la claustrophobie, là au contraire ça donnait la sensation qu’il y a plus de place que ce qu’on pourrait croire. De même pour la musique qui prend souvent le pas sur les bruits d’ambiance, ce qui fait que si ce n’était pas pour la réaction de l’acteur, on ne comprendrait pas qu’il y a quelque chose qui frôle le sous-marin.
Une chose est sure ; ce film, premier métrage professionnel du youtubeur, est à la hauteur des espérances, et montre une vraie connaissance de ce qu’est une histoire maitrisée, mais surtout de ce qu’est un bon film. Je ne peux que le recommander !