INVERTISSEMENT : Irréversible rebrousse chemin et nous revient en cette année 2020, réamorçant pas à pas, séquence après séquence, la violence de la copie originelle. Gaspar Noé - en petit paresseux pas mécontent de ressortir, sans doutes à des fins pécuniaires, le film culte et scandale cannois retentissant de l'année 2002 - en reprend quasiment toute la chair... pour en changer, en bouleverser l'intégralité du squelette ! Élagué d'une dizaine de minutes, commençant par la lumière et les arias symphoniques pour se terminer dans la poisse des caniveaux Irréversible version 2020 est donc un tout autre métrage que son homologue : étrangement le film fonctionne bien, parfois même au point de littéralement remuer les tripes, sans toutefois atteindre la puissance et la singularité de la version 2002.


L'antéchronologie initiale des évènements développés dans Irréversible permettait à notre sens d'apporter une certaine forme de mélancolie, donnant aux analepses successives des allures de flashbacks et/ou d'introspections mentales propres au personnages. Ici Noé insuffle à son film une réelle et véritable orientation, une manière d'apposer un axe somme toute assez limité dans son adéquation avec la thèse du propos. Plus simple voire même parfois simpliste cette inversion intégrale permet toutefois de s'attacher davantage au trio de figures centrales représenté par Alex, Pierre et Marcus, nous plongeant presque d'emblée dans leur intimité mêlée d'anodinité et de quotidien. En ce sens le film est paradoxalement moins choquant, moins viscéral, sans doutes beaucoup plus tendre mais également moins profond et moins résonant que son prédécesseur...


En revanche ladite (in)version parvient à mettre davantage en valeur les dérapages incontrôlés de Marcus ( concernant sa consommation de stupéfiant ) et de Pierre ( sexuellement frustré et très, trop inhibé ) transformant l'expérience en un rape and revenge linéaire proche de la série B du point de vue purement factuel. La réalisation et/ou la substance filmique reste - au sens strict - exactement la même que celle de 2002, bien que certaines articulations demeurent plus maladroites, plus abruptes, plus saccadées. En quelques mots la partie précédant le tunnel central ( autrement dit le début du film ) opère moins facilement tandis que les quarante dernières minutes parviennent de façon assez admirable à soutenir la tension d'une nuit où, soudain, tout bascule jusqu'au point de non-retour... Une version à voir impérativement en complément de l'originale.

stebbins
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le 24 déc. 2020

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