Malgré Vanessa Redgrave impeccable, ISADORA est un biopic cantonné à un exposé mélodramatique presque par dépit pendant un bon moment, avant de trouver son intérêt dans un chaos romanesque quand Isadora arrive en URSS.
Pendant un bon 90 minutes (sur plus de 2h10), le film se complait dans une esthétique solaire illustrant une gaieté et une espièglerie, sur fond de beaucoup d'humour et légèretés, sans jamais trop insister sur l'exubérance et la liberté qui caractérisent Isadora face à la société. Puis vient cette période où Isadora vit en URSS avec son compagnon du moment. Dès lors, Karel Reisz délaisse un peu le motif révérencieux qu'il portait jusque là au personnage, pour montrer le drame de son décalage avec le monde dans lequel elle vit. Elle appartient à un ailleurs.
Un ailleurs aussi bien physique que mental. Un décalage absent pendant un moment qui justifie tout de même sa création d'écoles de danse non conventionnelles, et justifié par les peines de cœur et les traumatismes qu'elle vit. La flamboyance et l'énergie dont elle fait preuve s'éteignent alors petit à petit, tel un abandon définitif. Même les allers & retours entre passé et présent dans la narration (même si la chronologie des événements est gardée) ne prennent leur sens qu'au bout de ces 90 minutes. Isadora fait le point, et révèle ses failles. Parce qu'elle est le seul motif (fait de chair) capable de connecter chaque morceau entre passé et présent. Comme les aspects abstraits et expérimentaux des séquences de danses, où Isadora est hors du temps, hors de la réalité.