J'ai découvert ce film grâce au Festival International du Film d'Amiens, cher à mon cœur, dans le cadre d'une thématique sur le cinéma malgache. Et quel coup de cœur ! Vu 1 seule fois, mais je m'en souviens encore des années plus tard.
Je me souviens des couleurs d'une nature foisonnante, où les corps s'imbriquent parfaitement au décor. De la lumière du jour qui irrigue chaque plan, et ouvre le cadre sur la densité vitale et imperturbable du paysage. De la richesse infinie de cet endroit, déployant aussi bien une multitude de points de vue qu'une approche documentaire. Ce paysage est une respiration surprenante face à la violence inscrite dans l'événement historique raconté.
Le film prend presque la forme d'une chronique anthropologique (la petite histoire d'un village pour raconter la grande Histoire), donnant chair à une culture dont la survie passe par la lutte. La diversité de la nature est partout, car elle est avant tout un lieu de vie avant d'être un terrain de bataille(s). Comme si son existence et son importance dépassait les conflits humains, tout en rappelant combien elle mérite d'être respectée plutôt que d'être exploitée.
Jusqu'à remplir la bande sonore par les bruits de la nature : bruissement des éléments, chants et cris d'animaux, silences méditatifs. Elle est comme la présence inévitable de la nature, elle enveloppe les personnages, le récit, l'Histoire. La violence du colonialisme n'est alors pas exposée par des logorrhées explicatives ou des scènes d'actions spectaculaires. Elle se manifeste dans les effets néfastes qu'elle a sur un mode de vie et sur la beauté d'un paysage.
La révolte elle-même n'est pas montrée dans ses étapes, ni dans des oppositions armées. Elle reste hors-champ, dans la perspective, dans les rumeurs entre personnages, dans le murmure que quelque chose d'autre est possible. Ce que met en scène Raymond Rajaonarivelo, est le déploiement invisible / immatériel dans les airs d'un dérèglement imminent, aussi bien physique que psychologique / émotionnel. Un vacarme feutré dans l'ubiquité du paysage, pour célébrer la vie.