Tom est coach de tennis dans un hôtel luxueux au beau milieu de l’Île de Fuerteventura dans les Canaries. On pourrait penser qu’il mène la vie de rêve, mais on s’aperçoit vite qu’il est en réalité coincé dans une routine où il ne construit plus rien. Tout ce qu'il fait, c'est additionner les soirées avec excès et taper la balle avec des touristes venus se dégourdir un peu les jambes. Côté personnel, Tom est célibataire et enchaîne les relations d’un soir avec les vacancières en arpentant les boîtes ; c’est un peu le stéréotype du travailleur saisonnier, à la différence que pour Tom c’est un quotidien redondant. Son hygiène de vie est catastrophique, à se réveiller aléatoirement entre sa chambre et le désert, ce qui le met en retard pour la plupart des cours qu’il donne. En même temps ce n’est pas bien dramatique, puisque Tom trouve constamment une excuse pour éviter d'assurer les cours prévus par l’hôtel, et au fond ça n’a pas l’air d’être si dérangeant parce qu’à aucun moment on menace de le licencier. Bref, Tom est dans une prison dorée, qui brillait certainement la première fois qu’il y a mis les pieds, mais aujourd’hui le paysage paradisiaque est devenu bien terne. Heureusement Tom va se sortir de cette routine grâce des touristes fraîchement arrivés à l’hôtel : la famille Maguire. Tom va s’investir plus que de raison dans cette histoire familiale, dans laquelle il trouve un moyen de prendre un nouveau départ.
Islands pose la question de l’évasion ; quelle forme elle peut prendre et surtout comment elle peut se transformer progressivement en un quotidien sisyphéen. La vie de Tom, c’est pas le bagne, pourrait-on dire : il donne des cours de tennis encore en gueule de bois de la veille ; le soir c’est Waikiki, il somnole chez des inconnues ou dans sa voiture, et ça redémarre ! On imagine bien Tom débarquer à Fuerteventura quelques années auparavant et tomber amoureux de ce cadre magnifique et de la vie de débauche qu’on peut y mener. Mais en imaginant ça, on imagine encore plus facilement la déprime que c’est de ne plus voir dans ce quotidien idyllique autre chose qu’une routine morose et insipide. Et c’est là que construire à nouveau devient vital ; ça tombe bien, c’est à ce moment qu'arrivent Anne, Dave et Anton, leur enfant de 7 ans. Leur situation familiale n’est pas heureuse non plus, ce qui donne à Tom l'opportunité d’exister autrement et de s’ancrer dans une histoire qui le tirera de ses habitudes affadissantes.
Dans un train de vie neurasthénique, Tom apparaît souvent éreinté, et les journées qui se répètent alourdissent évidemment le récit du film. C’est cohérent avec ce qu'il raconte, mais il y a un détachement entre Tom et ses actions qui agit par ricochet sur le spectateur, et par moment, c'est vrai qu'on veut le secouer pour faire avancer tout ça. D'ailleurs, je pourrais dire la même chose pour Anne. J’ai trouvé la relation avec la famille bien traitée : tout comme Tom, le spectateur arrive en plein milieu d’une intrigue familiale complexe dont on ne connaît jamais vraiment les tenants et aboutissants. Ce n’est certes pas évidemment pour Tom de trouver sa place là-dedans – si tant est qu’il y en est une – mais l’essentiel n’est pas là ; l’important pour lui est de réaliser que, s’il veut lui aussi participer à la construction de quelque chose, il doit s'extirper de ce cercle vicieusement paradisiaque pour se mettre en danger. Je vous le cache pas, il y a un peu une vibe “tout quitter pour aller mieux” assez artificiel que j'ai eu du mal à lier avec Tom, dont les aspirations ne sont pas très claires. Certes, c’est pas un grand bavard, mais finalement le personnage de Tom manque quand même un peu de profondeur. On ne sait rien de lui, hormis une relation qu’on devine assez proche avec des locaux qui l’ont accueilli, ainsi qu’un passé de tennisman professionnel. Concernant les autres personnages importants : Dave est insupportable, la caricature du touriste en manque d’adrénaline ; Anne donne l’illusion d’être une porte de sortie, mais c’est un bourbier sans nom. Pour conclure, malgré une intrigue et des relations qui avancent difficilement, j'ai passé un bon moment devant Islands. Le film maintient un contraste plutôt ingénieux entre cette superbe île aux vastes étendues de liberté et cette sensation d’emprisonnement qui flotte autour des personnages qui évoluent dans une ambiance pesante – due en partie à la BO.