À lire avant d'enchaîner sur le reste


Tyler : La répétition de Schopenhauer


Tyler a le mieux compris le piège de la naissance. À quoi bon lutter ? Le silence déchirant de James montre que le néant a raison de tout et que lui même sait qu'il ne pourra pas lui tenir tête. Mais malgré son désaccord avec le choix de Tyler, et le chagrin qui le traverse secrètement, il doit se résigner. Il ne gagnera pas contre quelqu'un qui a percé à jour l'horreur de la réalité. Tyler sait qu'il fait partie d'un torrent infini de douleur interminable segmenté en "pauses" de courtes durées. Que faire quand rien ne semble pouvoir stopper la machine qui va toujours plus loin sans explication ? Aller dans une direction qui n'a pas de destination, voilà le comble du non sens. Ainsi nous voilà devoir, non par envie mais par la contrainte d'une loi invisible, se laisser aspirer par un mouvement perpétuel sans finalité. "Où va-t-on?" Se demande Tyler. Et le monde de lui répondre "Tu n'as pas d'autre choix que de te taire", enfonçant le pied de James sur la pédale d'accélération.


Mais Tyler ne supporte pas de vivre par saccades, comme si on pouvait se contenter de respirer dans des parenthèses. Autrement dit, il refuse lâchement la nécessité du cycle que personne ne peut briser. C'est pourquoi, en décidant d'abandonner afin de ne plus souffrir, Tyler est un nihiliste qui perdure dans sa lâcheté.


Day et Fisher : La liberté de Sartre


"Où va-t-on ?" Est une question dépassée pour Day et Fisher, qui finissent par comprendre que la destination ne fait pas vraiment partie du voyage. C'est une autre question qu'il va falloir se poser : "Qu'ai-je en ma possession ?" Voilà le vrai problème, celui qui donne un mal de crâne à chaque réveil. Apaisons nous dans une réponse ancienne mais sage : nous avons ce que nous sommes capables d'avoir, rien de moins. Quant à ce qui se trouve en dehors de notre portée, nos yeux n'ont rien à convoiter. Alors commencent le jeu de Day et Fisher, qui s'amusent au sein de règles limitées qu'ils posent eux même. En subissant néanmoins et non sans inquiétude, ils se refusent à la passivité. Ils ne seront jamais les marionnettes d'un destin plus fort qu'eux. Voilà l'adoption du plus grand des courages : celui qui consiste à sortir les mains de ses poches afin de se faire artiste dans un décor, qui lui restera toujours statique.


La prétention à la possibilité s'insurge alors contre la fatalité à coup de danses et de dessins au marqueur. Day et Fisher inventent, ils créent, et plus que tout, ils vivent. Et dans cette machine infernale qui avance sans s'arrêter, eux jouent comme des petits enfants dans un parc pourtant bien clôturé. Day et Fisher sont des créateurs qui se sont fait leur propre monde au sein d'un autre plus grand que le leur, mais qui heureusement, ne comporte aucun dieu. Libre à eux de jouer comme ils le souhaitent, et ce jusqu'à la fin. Quoi de plus sartrien que ce plaisir qui vient uniquement de soi ?


James : Le bonheur de Camus


"Qu'ai-je en ma possession ?" James trouve cette question ridicule, parce que lui contrairement aux autres, est rationnel. Un voyage sans destination n'en est pas un. Il ne s'agit donc pas de tolérer la stagnation. A + B = AB. On ne part pas d'un endroit A juste pour le quitter. Si on le fait c'est forcément en vu d'arriver à B, voilà la logique universelle de tout mouvement. S'interroger sur le présent n'a pas de grande utilité quand on a un but précis tourné vers l'avenir. Seul compte le sens de ce que l'on fait pour après, tout le reste est du superflu condamné au passé. Comme Tyler, il accorde une éminente importance au "pourquoi" de nos actions, sans quoi elles deviendraient stériles. Mais contrairement au nihiliste trop peureux du vide, James continue d'avancer sans relâche, déterminé, en quête d'une réponse précise et concrète. Car s'il a tant souffert, si tant de choses semblent compliqués et ont demandé tant d'effort, c'est forcément pour une raison. Le voyage a nécessairement une destination, cherchons jusqu'au bout du monde pour le trouver. Or, c'est là que James se trompe lamentablement.


Il croit pouvoir stabiliser un rocher du haut d'une colline, comme si elle n'allait pas incessamment redescendre à sa base. Et si l'irrationnel, était lui finalement ? Y avait-il une raison de chercher un sens dès le départ ? Arrivé au bout, James comprend à la fois Tyler, Day et Fisher. Le néant est tout et le sens ne peut provenir que de soi-même. Redeviendra-t-il religieux pour autant ? Non, James fait un autre choix tout autant insensé: celui de manger cette foutue friandise qui est si délicieuse. Et le voilà qu'il crie tout seul au milieu des voitures vides. Car James sait enfin ce qu'il doit faire. Une fois redescendu de la colline, le rocher doit encore être poussé, mais cette fois sera différente : ce rocher sera le sien. Alors il prend un passager avec lui, reprend le volant, et roule en direction inverse. Quel intérêt à cela ? Pour aller où ? Alors James parle à son co-équipier encore lassé de vivre, non pour le questionner sur son état mais pour relancer le jeu futile qu'il aimait bien auparavant. Quelle tristesse, quel manège interminable vous dites ? Non, il faut imaginer James heureux.


Moi : l'instinct social de Schopenhauer (mais sans misanthropie ?)


On peut aussi se dire qu'on est tous accroupies dans l'herbe au fond des bois, à attendre que quelqu'un vienne mettre un terme à notre solitude. Et peut-être que quand on est perdus à ce point au milieu des arbres et du silence, on a plus que jamais, besoin des autres. En fait je ne pense pas que regarder le ciel allongé par terre ou contempler la route sans jamais tourner la tête puisse être réellement satisfaisant. Maintenant si ça vous dit, on peut tous faire des dilemmes ensemble.


PS : je veux mettre 8 mais ça me saoule que les dialogues et l'image n'aient pas été assez travaillés. Dommage que le scénario surpasse de loin la réalisation. Sinon merci de m'avoir fait comprendre, et non juste concevoir,



Letossia
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il y a 4 jours

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