Commençons par énoncer quelques évidences. Oui, It Follows cite copieusement et précisément John Carpenter, autant dans ses choix de mise en scène que dans son habillage sonore électronique et minimaliste.

Oui, le film recycle scrupuleusement bon nombre de figures imposées du slasher, sans vraiment en être un lui-même d'ailleurs.

Enfin oui, l'univers d'It Follows semble fortement influencé par le Black Hole de Charles Burns, aussi bien dans son approche fantastico-métaphorique du délicat passage de l'adolescence à l'age adule, que dans son portrait sombre d'une Amérique des suburbs en état de décomposition avancée.

Et pourtant, It Follows possède une identité propre et ne tombe jamais dans la redite pure et simple. Car l'originalité de ce film réside dans le traitement minutieux et sensible de cette histoire d'ados aux prises avec une menace impalpable, manifestation physique de leurs angoisses. Dans la façon dont le réalisateur David Robert Mitchell se sert habilement du genre pour tenir un vrai discours sur les affres de la puberté. Perte des repères, mutation en marche, peur des maladies sexuellement transmissibles, It follows décrit par le menu les tourments bien réelles d'adolescents face à ces questionnements.

Ce qui séduit aussi dans ce film, c'est son ambiance particulière, à la fois mélancolique et indéniablement macabre. Tourné dans la banlieue de Détroit, It Follows exploite parfaitement son décor décrépit et parvient à créer, grâce à une mise en scène maîtrisée, un univers terrifiant où la terreur peut faire irruption dans les lieux les plus communs. Gérant avec brio les montées en tension comme les moments d'exposition plus calmes, David Robert Mitchell, impose ainsi un beau rythme à l'ensemble et ne cède que très rarement à la facilité, lors de quelques jump-scares stratégiquement placés.

On retiendra également le casting impeccable du groupe d'adolescents au cœur du film. Admirablement caractérisés et incarnés par des acteurs justes de la première minute, ces personnages représentent la fondation solide sur laquelle repose tout le film. A la fois drôles, touchants et surtout crédibles, ils génèrent une belle dynamique apparaissant comme le véritable moteur de l'histoire.

Loin d'être un énième teen-movie horrifique à sensations désincarné, It follows possède un cœur, une âme, et saura sans aucun doute séduire ceux qui se souviennent encore des troubles causés par l'entrée dans le no man's land de la puberté. Une belle surprise.
GillesDaCosta
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le 8 sept. 2014

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Gilles Da Costa

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