Parler des violences conjugales est une nécessité absolue. Il faut le faire, encore et toujours, sans relâche. C'est indispensable pour occuper l'espace public, pour sensibiliser et surtout pour éduquer les hommes. Sur ce point, Jamais Plus a le mérite d'exister et de mettre le sujet sur la table. Mais vouloir bien faire ne suffit pas, et le film de Justin Baldoni se prend complètement les pieds dans le tapis.
Le premier problème saute aux yeux dès les premières images : l'emballage. Vendu comme une romance hollywoodienne classique, le film est beaucoup trop romantisé, trop bobo-chic, presque "porno-chic" (Lily le dira elle-même lors d'une scène d'ailleurs : "Est-ce que je suis dans un porno ou quoi ?"). Cette esthétique ultra-lisse et superficielle empêche toute identification réelle. Les agressions ne sont pas de simples accidents de parcours, des "moments de couple" difficiles ou des erreurs de parcours. C'est de la violence, pure et dure. La vraie vie ne ressemble pas à un catalogue de mode, et le film aurait dû avoir le courage de montrer cette réalité brute pour ce qu'elle est.
Le plus agaçant reste la manière dont le scénario gère les dynamiques relationnelles. En choisissant de faire taire Lily sur certaines situations (ou d'être vague/approximative), le récit commet une grave maladresse : il offre un contexte, une sorte de justification passive au comportement de Ryle. Le traitement des violences conjugales au cinéma n'a absolument pas besoin de victimiser l'agresseur ou de lui chercher des circonstances atténuantes.
Ces incohérences scénaristiques sont dangereuses. En laissant planer le moindre doute, en ouvrant des brèches dans le récit, le film offre sur un plateau de quoi dédouaner Ryle ou lui accorder le bénéfice du doute. C'est une immense déception. Ce flou textuel est presque insultant, car dans le monde réel, ce genre de failles scénaristiques se traduit par la remise en cause de la parole des victimes.
Jamais Plus reste un objet utile parce qu'il ouvre le débat sur un drame de société majeur. Mais le sujet méritait tellement mieux qu'un mélo maladroit typiquement Hollywoodien.