Inspiré de la véritable et controversée condamnation en 1977 du Vampire de Zaglebie, auteur du massacre sauvage de 12 femmes entre 1964 et 70, le titre de cet infamant thriller polonais s’adresse au système et au flic responsable de son arrestation en 72, suite à une série de suspicions, confirmées par des fabrications ultérieures de preuves. Le film incarne surtout deux portraits humains, celui d’un marginal antipathique et brutal, coupable parfait pour le central et second personnage, un jeune lieutenant sans trop d’expérience à qui on confie l’affaire, dont l’obsession du travail bien fait sera faussé par des moyens archaïques et par les pressions hiérarchiques soviétisées.
L’horreur psychologique réside justement dans le sérieux et l’authentique conscience d’un bon policier cédant doucement à la trahison et à la facilité prometteuse de bénéfice et d’élévation sociale. Elle s’intensifie dans la perverse pseudo-complicité entre les deux hommes, l’un en voie de pourrissement et l’autre sans autre choix que de marchander son propre sort. Dans une affaire où le doute est la seule certitude, elle devient ignoble à mesure du démembrement progressif d’un homme par la Police et de sa mise au pilori par une justice dans le but essentiel est d’acheter le réconfort populaire et de satisfaire la fierté politique.
Le film sait prendre les tripes et nous identifiant facilement à des personnages sans caricature, inspirant chacun leur éventail de sentiments, poignants et laids, intimes et contradictoires, nobles et minables, bref très humains. Maciej Pieprzyca témoigne dans le souci permanent du détail des conditions tiers-mondistes de la Pologne soviétique, tant domestiques que professionnelles, des moyens rudimentaires de travail et de conscience professionnelle d’une Police et d’un système plus préoccupés par la hiérarchie russe, l’artifice de la statistique, la vanité politique, la bonne conscience publique et la course à la promotion. Hormis les progrès de confort et de technologie, le film force à s’interroger sur l’affolante analogie avec notre monde actuel.

etiosoko
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le 1 juin 2018

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