A première vue, on a le droit de penser que la geste de Jeanne selon Besson ne va être qu'un navet filandreux doté de toutes les scories de son désagréable créateur: bêtise abyssale, personnages dénués de toute forme d'intellect, scénario de mongole, platitude visuelle désespérante, mesquinerie d'une mise en scène qui se limite à 1 seule (oui une seule) valeur de plan sur de sempiternels visages enlaidis par une très légère contre-plongée permettant d'explorer le moindre recoin de leurs narines.


Rassurez vous, tout cela est vrai, mais si ce n'était que ça, ce serait juste aussi triste que les clous du Christ et ne mériterait ni mes gloussements goguenards ni une chronique.


Sa Jeanne, lorsqu'elle ne court pas au ralenti dans les champs de coquelicot d'une France éternelle pub La Laitière (oui on en est là...) va à confesse 3x par jour, ce qui épuise son prêtre. Ca et la phrase téléphonée ouvrant le film, sont bien les seules occurrence de la thématique de la foi dans tout le métrage. Un sardanapale tel que Besson n'a de toute évidence que faire de mystique et autres bondieuseries, et ça se voit. On est alors en droit de se demander ce qui peut l'avoir motivé de s'être lancé dans un tel projet. Mais c'est aussi le point fort de ce nanar juteux puisque sous sa plume, Jeanne d'Arc est tout simplement un cas psychiatrique, une véritable folle à lier. Besson. Besson. Inconséquence totale, zéro réflexion, zéro surmoi, aucune limite. Bas les couilles d'l'offre et d'la demande, Besson prend tout le terrain.


Ainsi, chaque apparition de Jeanne adulte / Mila Jovovich, est absolument à crever de rire. Crispée, la tête constamment dotée de légers tremblements d'une fureur contenue tel un Hector Salamanca accroché à sa clochette, les yeux vitreux et injectés d'une tox en manque et dotée d'une haine rabique, le regard dans le vide parfaitement dénué de toute forme d'intelligence, un rictus montrant les dents à chaque plan, ne s'exprimant qu'en hurlant à tout rompre, prise de crises de colère aussi soudaines qu'hilarantes: vous l'aurez compris, Jeanne d'Arc est tout simplement une teufeuse de teknival kétaminée jusqu'à l'os à 5h du sbah, cherchant frénétiquement sa pilule de MDMA qu'elle a fait tomber par terre au milieu d'une foule de punks à chiens désartibulés s'entrechoquant au rythme de kicks distordus qu'ils n'entendent même plus. Ce n'est plus la blanche et sainte pucelle d'Orléans, c'est Genesis P-Orridge. Mention spéciale au moment où, excédée par une pique machiste, Jeanne s'arrache frénétiquement les cheveux à l'aide d'une dague. Chacun de ses "AAAAAAAAAHHHHH", "NAAAAAAAAN" et autres "ALLEEEEEEEEEEZ" bramés à s'en fendre le larynx sont source d'autant de délicieux fous-rires. Lorsqu'elle n'est pas en train de hurler pour notre plus grand bonheur déviant, Jovovich développe une seconde expression faciale en singeant la stupeur mystique à sa manière; c'est à dire en haletant, blafarde, le regard dans le vide, telle un troufion de 1916 en plein shell-shock après une nuit passée à esquiver un barrage d'artillerie dans sa tranchée.


Entres autres moments de grotesque hilarants, mentionnons en vrac:


- Vincent Cassel en Gilles de Rais goguenard et débraillé, qu'a l'air d'un Pete Doherty dans le coltard un lendemain d'orgie.


- Jeanne n'entend pas des voix, ce serait trop compliqué, ce coup-ci elle a des visions. Et quelles visions... Le mauvais gout clipesque des scènes d'hallucinations et le caractère bouseux de ces effets spéciaux foireux feraient renier sa foi à Saint Augustin lui-même. On personnifie n'importe qui, n'importe comment: le Christ, le diable, le cul de ta mère aussi tant qu'à faire.


- la scène de vérification de la virginité de Jeanne, où Besson semble avoir pris un plaisir douteux à filmer jusque sous les jambes l'humiliation par une vieille mégère de celle qui était alors en train de devenir son ex-femme. A moins que ce ne soit pour se venger de lui qu'elle a joué comme une patate nourrie à la coke et au LSD. P't'être qu'elle est comme ça parce qu'il la trompe, ou p't'être qu'il la trompe parce qu'elle est comme ça, hmm, j'sais pas.


- le drame fondateur: Jeanne enfant voit son village prestement brûlé et pillé par une bande d'anglais à la limite de l'animalité, sa sœur finissant empalée contre un mur puis violée post-mortem par une soldatesque aussi répugnante qu'ivre de victoire. Comme ça, gratos, au cas où vous n'auriez pas compris que Jeanne d'Arc n'a pas eu une révélation divine mais qu'elle veut juste fracasser des culs tah Sarah Connor. Rien de tout ceci n'a une once d'historicité, mais basta. Après tout, Braveheart n'en a aucune non plus, mais ce n'est pas un problème puisqu'il a pour lui la grâce, le souffle épique, une direction d'acteurs, une direction artistique, des personnages animés par des arcs narratifs et capables d'agir sur leur destin en prenant des décisions réfléchies, bref, autant de choses dont Besson est bien incapable.


Le coeur du film, c'est la guerre. Or, une bataille au cinéma, au même titre qu'un duel, un mano-à-mano, une scène de cul une course-poursuite, fait partie de ces moments attendus et codifiés où se révèlent les cinéastes dans leur chair. Une bataille au cinéma, pour un réalisateur, c'est All the Things You Are pour un musicien: c'est sa chose, il est le what-millième à s'y coller, et à lui d'en extraire une singularité. Alors, au seuil du siège d'Orléans, Besson, plutôt Charlie Parker ou Kenny G?


Taisons le suspense. La séquence du siège d'Orléans, qui forte de ses 15 gens d'armes édentés n'a pas franchement nécessité la logistique d'un Alexandre, a semble-t-il été confiée aux soins de 3 réalisateurs différents. Le résultat est une bouillie incompréhensible, sans point de vue, où il ne se passe rien, si ce n'est des corps qui s'entrechoquent en hurlant sans qu'on ne comprenne qui est qui, quel est l'enjeu. Jeanne ne fait rien non plus, elle se contente de galoper d'un bout à l'autre de cette petite sauterie en hurlant des onomatopées comme une chanteuse de grindcore levée du pied gauche. A un moment, elle lance une tour de siège contre les palissades, mais pas pour prendre d'assaut la palissade non, on lance la tour comme on lance un bélier, on enfonce les défenses en la jetant dessus. Degré zéro. Besson. Et c'est ainsi qu'elle gagne le respect de ses très patriarcaux compagnons d'arme, engoncés dans des armures de fantaisie ridicules sorties d'un sous-Conan italien des années 80.


Là où une telle entreprise ne se contente pas d'être bête et mal branlée, mais en devient proprement fascinante, c'est qu'en suivant scrupuleusement tous les passages obligés du récit bien connu du roman national (la paysanne mystique qui vient quérir audience auprès du roi et en ressort à la tête d'une armée pour bouter le cul des anglois hors de France), le film ne fait qu'en révéler le caractère totalement fantasque et inepte. Autrement dit: qui peut croire une histoire pareille? Mis en scène et dialogué, le déroulement des évènements et le processus décisionnel apparaissent totalement absurdes. La façon dont Jeanne convainc la Cour et le roi d'accorder à cette random paysanne sans aucune expérience militaire le contrôle d'une armée, est désopilante. Quand bien même nous sommes au Moyen-Age. Quand bien même c'est un monde imprégné de magie, de forces occultes, de conceptions du monde si éloignées des nôtres qu'elles nous font sourire: on n'y croit pas une seconde. Toute crédibilité scénaristique du projet s'écroule comme la carrière de Nicolas Bedos. Ces péripéties et rebondissements qui, lorsqu'ils sont contés au coin du feu, ont pu bercer des générations de jeunes français, deviennent tout simplement ridicules et improbables une fois mises en image avec de réels personnages. C'est d'une crétinerie sans fond et d'une parfaite inconséquence, et rien que pour ça, c'est fascinant. A vrai dire, je n'ai pas souvenir d'un équivalent d'une telle bourde d'écriture dans un film historique.


Bien sur, ça ne justifie sans doute pas de se tarter les 2h30 d'un tel pâté aussi con que informe, athée comme pas permis, aussi misogyne que n'importe quel autre bidon de lessive EuropaCorp, et d'un nihilisme aussi narquois que désespérant. Mais si d'aventure un montage des seules scènes de Mila Jovovich se trouvait sur YouTube, alors ce serait un best-of de portnawak ahurissant à recommander à tout cinéphile digne de ce nom. Evidemment, après s'être fâché avec les cathos, les frontistes, les historiens du dimanche et les esthètes en général, Besson conclut sa vaste entreprise de démolition sur un bucher d'anthologie: les expressions passionnément grotesques de Jovovich, convulsant d'extase comme si on la chatouillait sous le pied pour ne pas dire autre chose, emportent la mise.

Biggus-Dickus
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le 19 févr. 2026

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Biggus Dickus

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