Avec « Jeune Juliette », Anne Émond ne nous offre pas seulement un teenage movie adapté à la sauce québécoise, mais une puissante ode à la différence et à l’acceptation de soi à l’âge le plus ingrat.
Juliette, jeune ado potelée, enrobée, grosse, bref, choisissez le terme que vous préférez ou celui qui vous met le moins mal à l’aise (parce que oui, en 2019, des gens sont encore indisposés face au surpoids), n’en a que faire de son physique, du regard des autres. Ce qui la gêne c’est surtout le fait d’évoluer, de grandir, entourée de gens qu’elle trouve cons, bêtes, stupides, débiles (là aussi, choisissez le terme que vous préférez). Elle qui a un amour pour la littérature, les chansons alternatives et indépendantes, ne s’y retrouve pas là où elle vie et aimerait tant prendre son envol vers des lieux qui lui correspondent plus. Qui n’a jamais eu l’impression d’étouffer, de dépérir (et ce, même au sein de sa propre famille)? Ce qui est fort dans ce film, c’est qu’il pointe très justement les doutes, les incertitudes, les quêtes qui nous animent à l’adolescence, les amitiés puissantes, les premiers coups de cœur amoureux (et surtout les premières grosses déceptions). Mais c’est aussi à cet âge qu’on forme son regard sur soi, qu’on l’accepte facilement, difficilement ou pas. Et pour ça, le personnage de Juliette est très justement écrit. Tout dans ce film veut porter au premier plan ce que la société à tendance à évincer (les intellos, les marginaux), en les exposants à travers des personnages secondaires ultra-attachants. La mise en scène, quant à elle, est à l’image du film : cool et imaginative !
« Jeune Juliette », c’est un portrait de l’adolescence, décalé, drôle, véridique et beaucoup moins cliché que ce à quoi les studios américains nous ont habitués. Ce qui permet (ou pas) de s’identifier, de s’attacher à ces personnages hauts en couleur. Tout est donc attachant, mais jamais larmoyant. C’est un bon gros doigt d’honneur à la conformité, au manque d’originalité.