Tous mes copains ou copines au collège ou au lycée qui apprenaient à jouer de la guitare finissaient à un moment ou à un autre par s'essayer à la mélodie célébrissime de Narciso Yepes, qui revient constamment, en leitmotiv, dans le film de René Clément.
C'est dire si j'ai connu cette musique, bien avant de voir le film, je ne me souviens plus quand, à la télé et probablement à l'âge adulte.
Et quand j'ai enfin vu ce film, ça a été pour découvrir un véritable chef d'œuvre de simplicité, de spontanéité dans cette chronique de la guerre, dans cette chronique de l'exode en 1940 où les gens fuient sur les routes devant l'avance des nazis, en tentant d'échapper aux attaques de l'aviation.
Mais ce qui définit ce film, c'est que la chronique de la guerre est vue par deux enfants, en marge d'une vision hypocrite et absurde du monde des adultes que ce soit sur la route de l'exode ou dans le quotidien mesquin des familles de paysans.
La petite Paulette, orpheline depuis que ses parents ont été tués sur la route de l'exode, est recueillie dans une famille de paysans et subjugue le fils, Michel. Elle ne le fait pas marcher, elle le fait juste courir. Mais aussi, comment faire autrement devant une aussi craquante petite fille à la larme facile, au regard clair et au sourire désarmant ? À eux deux, ils vont créer un monde magique, à eux, pour tenter d'humaniser la mort omniprésente, sous les hauts auspices d'un sage et vieil hibou. Mais un monde que la maladresse, la lâcheté ou la cupidité des adultes va casser.
Paulette, c'est Brigitte Fossey qui a 5 ans au début du tournage en 1951 et qui poursuit sa brillante carrière au cinéma ou au théâtre, plus de 70 ans plus tard ! Ce que je trouve émouvant dans ce film, ce sont, bien sûr, sa personnalité et son aisance sur scène mais aussi qu'on y reconnait déjà son sourire ou son regard d'adulte. Michel, c'est Georges Poujouly qui a une dizaine d'années à l'époque et qu'on reverra au cinéma dans de petits rôles chez Cayatte ou Louis Malle.
Oui, un chef d'œuvre qui se termine sur le cri désespéré d'une Brigitte Fossey, dans ce hall de gare plein d'adultes affairés et indifférents, qui nous laisse une boule dans la gorge.