Vivre pour rien, ou crever pour quelque chose.
Alors qu’on croyait la saga achevée, Stallone décide de ressusciter son vétéran et il le fait avec un tel sérieux qu’immédiatement, le statut de film d’action est sérieusement contre-balancé par l’aspect guerre du film, le tout ressemblant vraiment à une guérilla. En prenant comme contexte l’extermination du peuple Karen en Birmanie, Rambo place la barre plutôt haut, en nous présentant des personnages bossant dans l’humanitaire qui doivent se rendre sur place pour offrir leur aide aux paysans et prenant pour guide Rambo. Ces personnages apparaissent vite comme suffisant, méprisant eux aussi Rambo pour son passé de guerrier (et ses beaux restes, en témoigne cet abordage meurtrier pendant la remontée du fleuve). Et d’ailleurs ce qui nous permet de retrouver de la sympathie pour le personnage. Rambo a vieilli, on s’en rend compte. La guerre l’a usé, et il n’est maintenant plus qu’un ancien soldat nihiliste, brisé par les horreur qu’il a vécu et qui a complètement perdu confiance en l’être humain. Ainsi, la scène de ses souvenirs, presque confuse tant elle est brève, parvient à illustrer magnifiquement la pensée chaotique de Rambo, tiraillé par ce qu’il a vécu, ce qu’on lui a dit et ce qu’il s’imagine (seule explication à la scène alternative de Rambo 1, qui n’a rien perdu de son impact). Ainsi, Rambo est en cours de reconversion, mais il n’y croit pas trop, et son retour aux armes ne le surprendra finalement pas, Rambo acceptant de replonger en enfer plus par sa connaissance du sujet que par son intérêt pour la vie des humanitaires. Question violence, le film a surpris tout le monde. C’est simple, chaque effusion de sang est un carnage, une barbarie totale qui blesse tout le monde et qui foudroie à chaque scène (l’ouverture sur le jeu de la mine est juste parfaite). Il n’a pas volé son interdiction aux moins de 16 ans, Stallone se risquant à montrer la violence dans toute sa crudité afin de décupler le potentiel dramatique de son sujet. Au final, malgré quelques digressions inutiles (l’orgie dans les fumigènes rouges), le film se révèle être un condensé d’action efficace, qui remet chaque personnage en face de ses responsabilités (les humanitaires participant finalement au combat final) et qui nous offre un spectacle tendu, jusqu’auboutiste et viscéral, une peinture guerrière qu’on espérait tout simplement plus de cette saga. En laissant transparaître quelques figures mythologiques dans le script (Rambo forgeant son couteau tel un dieu de la guerre, la remontée du fleuve menant aux enfers…), Stallone réussit clairement à nous surprendre là où on s’attendait presque à un film de commande. La saga reprend des gallons, et on espère que la tendance va se poursuivre, Stallone ayant déjà émis l’idée de se lancer dans une nouvelle suite…