En pleine hype, n'y aurait-il pas une légère exagération autour de ce film ? Effectivement, Joaquin Phoenix est brillant. Squelettique, voûté, le visage émacié, le regard hagard, mais aussi vif, doté d'une gestuelle gracieuse, de réflexions profondes, et d'une esprit d'analyse glacial, c'est un personnage presque bipolaire qu'il porte brillament à l'écran. Arthur Fleck, un homme à première vue simplet, souffrant d'un handicap et de troubles mentaux, qui tente de se conformer à ce que la société attend de lui, jusqu'à ce qu'il ne lui soit plus possible de retenir cette facette plus dérangeante de sa personnalité.


C'est finalement ce que raconte ce film, prenant le nom de Joker, sans pour autant réellement amener à l'écran cette figure mythique des comics. Certes, il est question ici des "origines" du personnage, et le réalisateur glisse également plusieurs clins d’œil à l'univers de DC Comics, tout en gardant une ambiguïté représentative des nombreuses dérives mentales du Clown, Prince du Crime. Néanmoins, c'est un film d'auteur qui aurait pu mettre en scène n'importe quel autre quidam. Car le reproche, finalement, c'est que cette ascension (ou régression) vers la psyché du Joker prenne la totalité du film, et que l'on ne puisse pas passer plus de temps avec le personnage qui donne son nom au film. Car il reste encore beaucoup à raconter pour que cette version de Mr. J soit à maturité et, a priori, ce n'est pas prévu par l'équipe artistique derrière ce long-métrage.


Ce qui est bien dommage au vu de la qualité artistique du film. Tout d'abord, il y a cette mise en scène superbe de la part de Todd Phillips qui surprend par sa maîtrise du sujet, et son esthétique de film noir, malgré quelques gimmicks redondants comme ses plans en conte-plongée. On note également une lumière superbe pour cette représentation d'époque influencée par l'état d'esprit du personnage central. Mais, surtout, l'autre composante majeure du film est la musique incroyable de Hildur Guðnadóttir, une bande-son perturbée, tendue et dérangeante, qui ne fait qu'épaissir l'atmosphère de violence délétère croissante qui accompagne les deux heures de cette œuvre d'auteur psychologique des plus audacieuses.

AntoineRA
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Films vus au cinéma

Créée

le 12 oct. 2019

Critique lue 221 fois

AntoineRA

Écrit par

Critique lue 221 fois

2

D'autres avis sur Joker

Joker

Joker

8

Samu-L

le 8 oct. 2019

Suivre

Renouvelle Hollywood?

Le succès incroyable de Joker au box office ne va pas sans une certaine ironie pour un film qui s'inspire tant du Nouvel Hollywood. Le Nouvel Hollywood, c'est cette période du cinéma américain ou...

Joker

Joker

5

Larrire_Cuisine

le 11 oct. 2019

Suivre

[Ciné Club Sandwich] J'irai loler sur vos tombes

DISCLAIMER : La note de 5 est une note par défaut, une note "neutre". Nous mettons la même note à tous les films car nous ne sommes pas forcément favorables à un système de notation. Seule la...

Joker

Joker

3

Therru_babayaga

le 2 oct. 2019

Suivre

There is no punchline

Film sur-médiatisé à cause des menaces potentielles de fusillades aux États-Unis, déjà hissé au rang de chef-d'oeuvre par beaucoup en se basant sur ses premières bandes-annonces, récompensé comme...

Du même critique

Captain America - Le Soldat de l'hiver

Captain America - Le Soldat de l'hiver

5

AntoineRA

le 26 mars 2014

Suivre

Critique de Captain America - Le Soldat de l'hiver par AntoineRA

Plutôt surpris au départ, puisque je n'en attendais pas forcément grand chose (les calvaires Iron Man 3/Thor 2 et le Cap' 1 moyen), mais j'ai pu lire qu'il était du niveau d'Iron Man, donc un peu...

Wanderers

Wanderers

9

AntoineRA

le 2 déc. 2014

Suivre

Critique de Wanderers par AntoineRA

Derrière ce court-métrage, dépassant tout juste les trois minutes, se cache un véritable bijou d'émerveillement cosmique. Wanderers est une ode à l’exploration spatiale et sa colonisation, que ce...

Caldera

Caldera

9

AntoineRA

le 5 avr. 2013

Suivre

Critique de Caldera par AntoineRA

Il y a des jours, comme ça, où on tombe sur des courts-métrages d'orfèvres. C'est le cas de Caldera, découvert via une news sur le site Allociné. Réalisée par Evan Viera, l’œuvre a déjà récolté...