Les épidémies, conflits géopolitiques et cataclysmes environnementaux inspirent beaucoup les scénaristes d’Hollywood ces dernières années. Mais si la plupart mettent en scène des récits de survivants au milieu de l’apocalypse (The Road, Sans un bruit, Birdbox), peu affiche une telle fatalité. Car dans Joyeuse fin du monde, il est bien question de résignation et de déni. Si vous cherchiez le vaccin aux traditionnelles niaiseries de fin d’année, il se pourrait bien que vous veniez de le trouver.


Face à la Mort


Nous ne saurions que vous conseiller d’éviter les trailers avant de découvrir le film tant l’intérêt réside dans la découverte et l’effet de surprise. Ce soir c’est donc la fin du monde, et d’ici quelques heures à peine, des gaz mortels emporteront ce qu’il reste de la civilisation. L’intrigue ne mettra pas longtemps à inoculer son poison. La première partie brouille intentionnellement les pistes avec son repas de réveillon maigrelet. Les convives doivent se partager une patate tiède par assiette alors que l’alcool et le soda coulent à flot. Une fois les souvenirs et sentiments livrés sur le buffet, la réalisatrice se complaît à dresser une liste non exhaustive de comportements contradictoires face à l’inéluctabilité de la mort, entre vacuité, absurdité, et ascenseur émotionnel.


Le casting inclusif promeut une véritable diversité ethnique et identitaire (Afro-américains, lesbienne, et même les en même temps). Heureusement l’humour ne repose pas exclusivement sur ce choc des cultures mais bien sur une étude de caractères et de mœurs. Une telle perspective aurait pu encourager les membres à s’entre-déchirer ou bien à s’adonner à une petite sauterie organisée. Mais ces frivolités seraient occulter une donnée primordiale : les enfants.


Les parents chercheront donc avant tout à sauver les apparences. S’il est tout à fait admis de pouvoir rater sa vie, il ne l’est pas de foirer sa sortie, et c’est d’ailleurs sur ce point précis que les rapports vont s’envenimer. Ce choix narratif tend à souligner l’hypocrisie que représentent les fêtes de fin d’années, dont le vernis va se morceler à mesure des révélations et disputes mélodramatiques entre invités. Adultère, rancœur, mélancolie, sanglot et désespoir seront donc au menu de ce tour de table haut en couleur.


Merry Apocalypse


Mais si le film est bien vendu comme une comédie, il s’agit moins de dresser le portrait au vitriol d’une famille dysfonctionnelle que de leur accorder un dernier moment convivial ainsi qu’un bref sursaut d’espoir. En effet, la gravité de la situation n’aura échappé à personne. Les dissidences tourneront notamment autour d’un suicide organisé. Une petite pilule à avaler pour faire passer la douloureuse.


Naturellement, entre l’instinct de survie propre à chacun, ou bien la défiance envers les institutions, tout le monde ne sera pas forcément d’accord. Cet acte de civisme dicté par le gouvernement dans ses spots TV relève d’un véritable saut de la foi. Mais la réalisatrice ne cherche pas à livrer un film complotiste post-covid. Aussi, les signes annonciateurs de cette apocalypse ne sont pas seulement suggérés mais prennent la forme d’une tempête aux proportions bibliques.


Aidé par un casting d’acteur et d’actrices chevronnés (Matthew Goode et Keira Knightley en maître de cérémonies), Camille Griffin mène la danse, faisant monter la tension crescendo, aidé par une mise en scène aux petits oignons, opérant ses ruptures de ton avec finesse et subtilité. Au fur et à mesure du compte à rebours final, le drame gagne en ampleur mais la misère et l’horreur s’apaise au profit d’un silence doux et mortifère pour tendre vers le titre du film (Silent Night). La réalisatrice parvient à livrer des adieux suffisamment déchirants pour vous en tirer quelques larmes. De quoi vous foutre définitivement le moral à zéro avant d’aller passer le réveillon avec vos proches. Le bon côté de la chose, c’est que vous apprendrez à mieux en profiter avant qu’il ne soit vraiment trop tard.


En cette période de festivités où il convient de se réunir en famille, d'ouvrir les cadeaux et de déguster une bonne pintade fourrée. L’Écran Barge vous propose de déterrer la hache de guerre en pervertissant l'esprit de Noël. Cette sélection de films saisonniers accompagnés de critiques virulentes et acerbes est donc réservés aux viandards, aux bisseux, aux tueurs de masses, aux durs à cuirs, aux frustrés et à tous ceux qui ne croient plus aux bons sentiments et à la paix dans le monde depuis bien trop longtemps.

Le-Roy-du-Bis
7
Écrit par

Créée

le 1 janv. 2024

Critique lue 15 fois

Joyeuse fin du monde

Joyeuse fin du monde

4

Fatpooper

le 30 avr. 2022

Suivre

La nuit du pardon

Vu le pitch, je m'attendais à une comédie noire, avec probablement la famille en avant plan de l'affiche qui tue tout le monde (ou mieux, le gosse qui massacre sa famille). Ben non. Bon, l'idée...

Joyeuse fin du monde

Joyeuse fin du monde

7

Deaim

le 1 sept. 2025

Suivre

On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille ...

À première vue, Joyeuse fin du monde ressemble à un film de Noël pas comme les autres : une réunion de famille dans une grande maison à la campagne, des retrouvailles, des tensions enfouies, des...

Joyeuse fin du monde

Joyeuse fin du monde

8

RomainVidal

le 24 juil. 2022

Suivre

Et si ça arrivait vraiment ?

Difficile de faire une critique de ce film tant il est compliqué de ne pas trop en dire.Je l’ai vu un peu par hasard et je crois que c’est la meilleure façon de se lancer dedans. On comprend au bout...

Black past

Black past

7

Le-Roy-du-Bis

le 13 déc. 2023

Suivre
Dernière modification

le 9 févr. 2024

Evil Resurrection

En opposition au comité de censure du pays et à la frustration d’une jeunesse ayant mal vécu le rideau de fer, un nouveau mouvement contre-culturel ultra vénère va jaillir des tréfonds de l’enfer...

Dagon

Dagon

9

Le-Roy-du-Bis

le 22 oct. 2024

Suivre
Dernière modification

le 26 juin 2025

Le Baroud D'Horreur

H.P. Lovecraft fait partie de ces rares auteurs qui furent incompris de leur vivant. Pourtant, l’écrivain a fondé tout un univers horrifique, inspirant de nombreux autres, sondant l’indicible horreur...

Le Piège

Le Piège

8

Le-Roy-du-Bis

le 26 oct. 2023

Suivre
Dernière modification

le 29 juin 2025

Le Cabinet des Curiosités

Les routes du Sud des Etats-Unis constituent un terreau fertile pour le cinéma de genre. Des gens disparaissent et ne sont jamais retrouvés. Ces régions reculés ne sont plus qu’habités par les...