Le sergent Lee Soo-hyeok est un excellent soldat. Athlétique, entraîné, il est aussi réputé pour dégainer très rapidement. Il paraît même qu’une fois, il a marché sur une mine et l’a désamorcée lui-même. Alors, lorsqu’il revient d’un poste nord-coréen avec une balle dans la jambe et après avoir tué des militaires ennemis, il est en passe d’être décoré. Sauf que les deux Corées s’accusent mutuellement d’avoir déclenché les hostilités. Une enquêtrice suisse, coréenne par son père, est dépêchée sur place pour investiguer en toute impartialité.
Park Chan-wook est un réalisateur sud-coréen. Joint Security Area est son troisième film et il a obtenu le deuxième plus gros succès du cinéma coréen. Cette œuvre a également gagné de nombreux prix.
Joint Security Area est un drame et, quand on connaît les films de Park Chan-wook, ce n’est pas surprenant ; ce réalisateur créera plus tard Je suis un cyborg, Thirst, ceci est mon sang et surtout le terrible Old Boy. Il ne faut donc pas se laisser amadouer par l’apparente légèreté du milieu du film, c’est bien un drame.
La narration, habilement alternée entre l’enquêtrice et les soldats, dévoile une réalité sinistre et pourtant peu surprenante. À l’instar de Joyeux Noël, ce film conte le rapprochement entre des militaires désignés ennemis. La réalisation est poétique avec des transitions soignées et des plans recherchés. L’humour est présent, mais il est souvent noir. Enfin, l’idée de l’enquête montre combien la situation sur place est embrouillée ; non pas parce qu’elle est complexe, mais parce qu’elle est cachée. Le peuple coréen, déchiré depuis près de 80 ans, aspire à être réunifié et n’a que faire de cette partition artificielle. Mais, à l’instar de Poongsan ou Steel rain, Joint Security Area montre les dégâts que provoque l’endoctrinement de la population, poussée jusqu’à un fanatisme mortel.
Joint Security Area est un autre cri déchirant d’un peuple qui souffre dans un conflit dirigé par des puissances étrangères. Ce film poignant montre l’impasse de la situation qui mène invariablement à la mort de la population. Il est d’ailleurs terrifiant de constater que cette conclusion est partagée par d’autres œuvres sur le même thème : les Coréens ne voient pas d’issue à leur sort. Quelle horreur… À voir comme une belle œuvre d’art et le constat terrible d’une souffrance qui dure depuis bientôt 1 siècle.