C'est étrange comme une photographie aussi pauvre, presque absente et des maquillages outranciers au potentiel comique bien présent peuvent, contre toute attente, coïncider avec un film remarquablement effrayant.
Si l'esthétique du film fait techniquement assez pauvre, visuellement tout n'est pas à jeter, loin s'en faut. Takashi Shimizu, qui a l'air d'avoir plus ou moins dédié sa carrière à cette saga horrifique, joue plutôt habilement sur les cadres, les incursions furtives. Le film s'égare un peu dans son dernier tiers et devient bien plus démonstratif, permettant cependant une descente d'escalier aussi culte que malaisante. Mais pour sa majorité, il y a, si ce n'est une science, au moins un certain instinct dans la gestion des apparitions. Je reste assez peu fan de l'aspect strictement technique, mais l'utilisation de lieux assez peu inspirés visuellement ajoute en ce qui me concerne un côté mondain, plus réaliste aux décors qui joue pas mal en la faveur du film.
Et si le montage n'est pas toujours heureux en terme de transitions -
typiquement quand Rika va décrocher son téléphone et qu'on aperçoit Toshio dans un coin de la pièce très brièvement, on coupe sèchement à un plan juste avant qui casse la mise en scène avec un faux raccord
l'idée de couper le film en séquences correspondant à un personnage et de ne fournir qu'une vague idée de la chronologie ajoute à mon sens pas mal au mystère global, sans pour autant tomber inutilement dans la confusion totale. L'histoire en bénéficie grandement, d'autant plus qu'elle n'est ni réellement complexe, ni réellement originale.
Et puis, Ju-On a certaines très bonnes idées de peur (la main dans les cheveux, c'est "au secours"/10), et un truc clé absolument horrible: ce raclement de gorge à hérisser un imberbe. D'une manière général, j'ai plutôt apprécié le travail sonore, l'utilisation d'une très bonne spatialisation du son et d'un thème plutôt discret, en particulier dans les scènes d'exploration où les personnages cherchent quelque chose ou quelqu'un dans la maudite maison. On n'échappe malheureusement à certains effets de sursaut que le film essaye quand même de mériter via un minimum d'anticipation auparavant.
Pour le dire brièvement, ça n'est pas vraiment formellement que le film va briller, avec un montage inégale, une photographie paresseuse et des maquillages qui ne font effets en eux-même qu'à une ou deux reprises. Par contre, la gestion du son, des cadres (pas très beaux, mais efficaces), parfois des focales et des lumières et une certaine créativité pourront créer une atmosphère à serrer un peu les miches froidement moites.