C'est après avoir vu la série (ORTF) "les compagnons de Baal" que j'avais moyennement appréciée qu'un proche m'a fait remarquer que le scénariste de la série (et un des acteurs principaux), Jacques Champreux, était surtout connu pour avoir participé au scénario de ce film, "Judex" de Georges Franju en 1963. "Judex", je l'avais vu quand j'étais étudiant et il ne m'avait pas spécialement transporté (léger euphémisme).
Là, ce soir, je lui ai redonné une chance après m'être un peu plus documenté en termes de contexte.
Il s'agit du remake d'un film (éponyme) muet à épisodes de Louis Feuillade, réalisé en 1916 et sorti en 1917. Voilà un premier écueil car je ne connais ni le film ni le cinéma de Feuillade. Et ce point me parait assez important car Georges Franju a cherché à rendre hommage à la fois à Feuillade et au cinéma muet.
Le "Judex" de 1963 est (heureusement) parlant … L'hommage va se situer au niveau de la mise en scène et surtout de la photographie. Et puis, très certainement, dans les nombreux clins d'œil qui renvoient au cinéma de cette époque dans le côté rocambolesque de l'intrigue. Le banquier, qui a bâti sa fortune sur des bases malhonnêtes, est la proie d'un justicier Judex qui exige une restitution de sa fortune à ses malheureuses victimes. Mais la mort
SPOILER (subite et peut-être pas définitive)
du banquier va ouvrir les horizons et les appétits de beaucoup de personnes de son entourage. Judex aura fort affaire pour faire rendre gorge aux cupides et pour défendre les gentils personnages.
D'ailleurs, on n'a pas trop de mal à deviner qui fait partie des cupides ou des gentils parce que les premiers sont vêtus de noir et les seconds de blanc. Et je me rends compte que je dis une bêtise ! Ce n'est valable que pour les femmes. Ce n'est pas vrai pour les acteurs masculins et en particulier, Judex, qui fait forcément partie des gentils, porte une grande cape noire (directement inspirée du feuilleton de Feuillade, semble-t-il).
Côté distribution des personnages, je constate que les femmes y jouent un rôle assez central dans le film entre Edith Scob (fille du banquier), blonde vêtue de blanc et Francine Bergé (l'institutrice), brune vêtue de noir. Ou encore l'acrobate, Sylva Koscina, vêtue de blanc qui va nous offrir une scène de bagarre, très belle, sur un toit avec le personnage de Francine Bergé, si plein de noirceur.
Et puis, il y a une galerie de divers personnages assez touchants comme le détective privé (Jacques Jouanneau) plus féru à raconter de jolies histoires à la charmante petite-fille du banquier ou à lire un bouquin de Fantômas. Ou comme le petit garçon, assez fûté et très observateur, qui joue au grand en donnant un coup de main au détective.
Bien entendu, pour rester dans la veine du cinéma du début du vingtième siècle, on ne se préoccupe guère de vraisemblance dans le scénario. L'important, c'est que l'action avance avec des péripéties rocambolesques et dramatiques suivies d'effets très théâtraux. Le gentil sauveur va arriver à point nommé tandis que l'affreux couteau (très pointu) s'apprête à pénétrer dans la poitrine de l'innocente victime, résolvant ainsi l'insoutenable et odieux suspense …