J’ai une profonde affection, que dis-je, une réelle admiration pour Johnnie To : quel que soit le genre auquel il s’attaque, quel que soit le degré de qualité du film, c’est à chaque fois un plaisir rétinien absolu et, à un moment ou un autre, une petite leçon de cinéma.
Throw Down n’est pas le To le plus facile d’accès : le jeu des comédiens est très chinois en soi (et on n’a définitivement pas les mêmes codes culturels), la narration est souvent déroutante car opaque (ellipses à répétition, non-dits perturbants), bref que des éléments inhérents à un certain cinéma asiatique plus original, moins orienté grand public occidental. Il n’empêche : Throw Down est visuellement superbe, certains plans sont juste à tomber et To rend presque poétique la moindre séquence anodine (ex : une course-poursuite à pied dans la rue). Cet hommage appuyé et affirmé envers Akira Kurosawa (avec ce très beau combat final dans les hautes herbes, qui renvoie directement à La Légende du Grand Judo) n’ennuie pas une seconde, le cinéaste sollicitant chaque instant notre petit cerveau de spectateur endolori avec ses propositions formelles et un humour burlesque souvent présent (mais je suis pas objectif j’adore cet humour).
J’insiste : je ne conseillerai pas ce film à qui doit découvrir Johnnie To, tant certains aspects peuvent limite rebuter. En revanche, pour ceux que ça intéresse de voir comment on peut rendre un champ-contrechamp sexy, comment on joue avec les couleurs ou comment on arrive à faire une blague avec une scène de toilettes, je conseille vivement ce petit bijou.