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SuivrePrévisible mais efficace
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Il y a des films qui arrivent trop tard pour inventer quoi que ce soit, mais suffisamment au bon moment pour profiter de tout ce qu’un genre a alors à offrir. Juste cause appartient à cette catégorie. Sorti en 1995, en plein âge d’or du thriller américain, le film d’Arne Glimcher ne possède ni la perversité d’un Basic Instinct, ni la noirceur d’un Seven, ni même l’efficacité implacable des meilleurs représentants du genre. Il en reprend en revanche les codes avec suffisamment de savoir-faire pour proposer un spectacle solide.
Le scénario constitue paradoxalement sa principale faiblesse. Cette histoire de professeur de droit opposé à la peine de mort, appelé à reprendre l’enquête sur un condamné qui clame son innocence, avance sur des rails particulièrement visibles. Le film a beau multiplier les révélations, les fausses pistes et les retournements de situation, on devine assez rapidement que les apparences sont trompeuses et plusieurs twists se voient arriver de loin. À force de vouloir constamment rebattre les cartes, le dernier acte finit même par sérieusement malmener la vraisemblance.
Heureusement, Juste cause possède autre chose : une vraie atmosphère. La Floride, sa chaleur moite, ses marécages, ses maisons perdues et ses coins de campagne donnent au film une tonalité poisseuse particulièrement agréable. Arne Glimcher filme tout cela sans génie particulier, mais avec une réelle maîtrise, et quelques séquences bénéficient d’une tension tout à fait efficace. Surtout, il peut compter sur une distribution de premier ordre. Sean Connery possède suffisamment de présence pour donner de l’épaisseur à un personnage finalement assez classique, Laurence Fishburne impose immédiatement sa puissance et Ed Harris fait ce qu’il sait faire : rendre inquiétant le moindre regard. Quand un thriller dispose de tels acteurs, il part déjà avec quelques longueurs d’avance.
Juste cause ne renouvelle donc absolument rien et son scénario aurait mérité davantage de subtilité. Mais il témoigne aussi de la formidable santé du thriller américain des années 90 : même les représentants de deuxième ligne pouvaient alors bénéficier d’une réalisation soignée, d’une ambiance travaillée et d’acteurs de cette trempe. Rien d'inoubliable, certes, mais suffisamment de métier et de tenue pour passer un bon moment.
6,5
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