Depuis plus de vingts ans , le duo de réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakache ont su apporter une certaines lettre de noblesse au cinéma français , : réussir à proposer des comédies françaises tantôt penchées vers le dramatique que sur l’humain , réussissant à la fois à parvenir à proposer des œuvres justes , drôles, émouvantes sans jamais tomber dans un manichéisme ou un quelconque degré de maladresse social.
Le duo n’a cesser d’expérimenter : du monde de la colo dans «Nos jours d’heureux » (2006) , à celui de l’événementiel dans le très bon « Le Sens de la fête » (2017) , ou encore du trop oublié et pourtant bouleversant « Hors normes » (2019) qui a l’heure actuelle , est peut être leurs meilleurs films (selon votre serviteur).
Il n’empêche que cette idée d’expérimenter a su faire faux bond par moment pour le duo ,
Car si on oublie la superbe série « en thérapie »(2021) tiré de la série en analyse (2008) de hbo , déjà tiré de la série israélienne Be tipul (2005).
Entre un « samba » grossiement clichés et oubliable ou encore le dernier film à ce jour : « Une année difficile » , une œuvre aussi brouillon que raté, complètement lunaire et d’une déception telle qu on se demandait si le duo ne commençait pas à tourner en rond dans ses enjeux et qu’il fallait peut être marquer une certaines pause dans leurs carrières.
Heureusement, c’est bien ce que semble apporter le nouveau long métrage et 9 ème long métrage de leur carrière , un voyage au bord des sonorité 80’s symbolisé par un titre très « téléphoné » (pardonner moi pour la blague)
« Juste une illusion » semblait symboliser une forme de renouveau dans leurs carrière , semblant étrangement sonné comme autobiographie bien plus que leurs dernier films , accompagné cependant par un casting tout sauf ancien , Louis Garrel , Camille cotin , Pierre Lotin , (décidément c’ets la fête des Potins ) , un casting du cinéma français des années 2020 tout simplement
Ainsi cette rétrospective d une famille de classe moyenne sous poudré d’une saveur de nostalgie, est-t-il bien le souffle d’air frais que le duo d’auteurs avait besoin ou bien …..
JUSTE UNE ILLUSION ! A PEINE UNE SENSATION !
(je vous l’avoue en plus d’être facile , elle est très nul celle là désolé)
Comme le dit le personnage d’Yves Dayan dans le film, il faut parfois croire au miracle, et ce neuvième long métrage parvient haut la main à proposer une œuvre qui aurait pu être ô combien bancale, maladroite, voire quasi vide, et parvient tout simplement à en faire une œuvre touchante, sincère, drôle, qui fait énormément de bien.
À l’image de la plupart de leurs longs métrages, c’est par cette simplicité et la justesse de leur scénario que le duo de réalisateurs parvient à nous ancrer dans cette époque et cette année 1985, extrêmement bien reconstituée, grâce à une patine à l’écran très propre. Certes, le film tombe maladroitement dans la référence nostalgique à gogo, mais l’immersion semble tellement punchy et attractive qu’on ne peut s’empêcher d’adorer ces références, même pour des personnes telles que votre serviteur n’ayant pas connu cette époque.
La reconstitution est d’autant plus réussie grâce à cette BO 80’s plutôt diversifiée, même si très présente, mais sans surdosage pompeux non plus.
La force du film, comme dit précédemment, réside dans la façon dont Olivier Nakache et Éric Toledano vont agencer le récit afin de proposer une histoire sans véritable début ni fin. Nous allons suivre cette famille durant les années 80, dans ses bons moments, ses mauvais, ses engueulades, ses doutes, ses remises en question, à travers le point de vue du cadet de la famille : Vincent, 13 ans, en pleine remise en question sur sa vie et ce qu’il va devenir, entre illusions et premier amour.
En effet, raconté de cette manière, tout semble bateau, cliché, voire inintéressant.
Et pourtant, Nakache et Toledano vont offrir une véritable chevauchée émotionnelle avec cette famille. Entre rires et purs moments d’euphorie, le film joue constamment entre humour et légèreté tout en gardant une certaine dramaturgie, liée principalement au contexte de l’époque : chômage, grèves, racisme, homosexualité.
Tout semble proprement légitime et raconte des éléments significatifs dans la vie de cette famille, influencée par une dominance religieuse juive dans le récit.
Le tout est d’autant plus magnifié par des comédiens tous talentueux, à commencer par Louis Garrel, au sommet dans ce rôle de père touchant, souvent involontairement drôle par son côté faussement paternaliste, qui apporte une vraie tendresse à un père trop peu communicatif avec ses fils.
Camille Cottin joue, elle, la mère sage, qui elle aussi connaît un manque de communication avec Vincent, mais apporte cet amour inébranlable d’une femme et d’une mère combative, qui va se déployer à travers cette volonté d’évoluer et de faire évoluer les mentalités sur la place des femmes dans les années 80.
Pierre Lottin réussit, quant à lui, à incarner le sidekick du voisin un peu beauf sur les bords, amusant et attachant, tout comme sa relation avec Louis Garrel, qui va progressivement évoluer.
Mention spéciale également aux deux jeunes comédiens incarnant les frères : Simon Boublil et Alexis Rosenstiehl, deux acteurs brillants dans leurs rôles, attachants et pleins de bonne volonté.
Et mention toute particulière à Simon Boublil, qui interprète le rôle complexe de Vincent, le personnage principal à travers lequel on découvre le récit, et qui réussit brillamment à imposer sa présence à l’écran.
Ainsi, « Juste une illusion » signe le grand retour du duo Nakache et Toledano avec un film aussi drôle que tendre, brillamment réalisé et écrit, ancré dans cette période de 1985, pas toujours très subtile mais souvent juste.
Un film sur la famille dans ce qu’elle a de plus complexe, mais aussi de plus beau, magnifié par de superbes moments de mise en scène.
Un film empreint d’une euphorie générationnelle et familiale sans limite, si ce n’est quelques passages peut-être un peu trop étirés malheureusement.
Ce n’est peut-être pas le meilleur film du duo, mais c’est sûrement le plus personnel et le plus sincère…
« Oui, je rêvais… d’un autre monde. »
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