Juste une illusion, c'est le dernier film du duo Eric Toledano et Olivier Nakache, deux ans et demi après Une année difficile (2023) dont la réception fut quelque peu "difficile". Comme avec Nos jours heureux (2006), ils revisitent leur passé et reviennent à leurs premiers amours. Si Nos jours heureux évoquait les années 90 (1992 pour être exacte), avec Juste une illusion on fait cette fois-ci un saut dans les années 80 (1985 pour être exacte). Ils s'inspirent donc de leur jeunesse pour nous ramener dans les années 80, des années 80 hautement nostalgiques, voire même idéalisées. Avec Juste une illusion, Eric Toledano et Olivier Nakache cochent toutes les cases du feel -good movie nostalgique. Le titre du film fait référence au tube Just an Illusion du groupe anglais Imagination, un titre évoquant l'illusion de la vie et de l'amour ... "ouvre tes yeux et regarde autour de toi, c'est juste une illusion, se pourrait-il que ce ne soit qu'une illusion ?" ces quelques paroles de la chanson valident peut-être l'idée que tout le film est une illusion, une version idéalisée et/ou fantasmée des années 80.

Le film s'ouvre d'ailleurs sur le titre Just an illusion et nous présente une petite famille de la classe moyenne, le père Yves Dayan (Louis Garrel) qui est cadre, la mère Sandrine (Camille Cottin) qui est secrétaire et leurs deux enfants, l'ainé Arnaud (Alexis Rosenstiehl) qui est au lycée et le plus jeune Vincent (Simon Boublil) qui est au collège. Pourquoi Just an illusion, c'est parce que Vincent est fan de Funk, alors que son grand frère lui n'écoute que du rock de la période new wave (The Cure et Joy Division). Le film laisse d'ailleurs la part belle à la musique des années 80. Outre Imagination, The Cure et Joy Division, on pourra également entendre du Téléphone, du Francis Cabrel, du Toto, du Simply Red ... Mais pour revenir au film, l'histoire va plus particulièrement s'attacher à montrer l'évolution du jeune Vincent, qui est très certainement le double des deux réalisateurs. A savoir également que le film est dédié aux deux pères des deux réalisateurs qui sont décédés durant le tournage du film (un terrible coup du sort). On peut donc penser que le film est aussi un hommage aux deux papas d'Eric Toledano et Olivier Nakache. Sans oublier la mère qui est au service de tout le monde, à la fois secrétaire et femme à tout faire, mais qui a d'autres ambitions. Juste une illusion, c'est donc un hommage à tous les pères et à toutes mères et à la jeunesse aussi.

On va donc suivre Vincent durant la préparation de la bar-mitsva, symbolisant le passage à l'âge adulte. On va également assister à ses premiers émois amoureux avec Anne-Karine (Jeanne Lamartine), sa première VHS porno louée dans un vidéoclub (La Ruée vers Laure dans lequel les deux réalisateurs apparaissent en caméo), ses disputes avec son grand frère, son père qui est au chômage, M. Berger (Pierre Lottin) le concierge qui drague sa mère ... Juste une illusion c'est donc une comédie nostalgique, mais c'est aussi une comédie sociale. Eric Toledano et Olivier Nakache abordent notamment la situation politique en Europe (la poignée de main de François Mitterrand et Helmut Kohl), la lutte contre le racisme avec le discours d'Harlem Désir (le Concert SOS Racisme de 1985), le chômage de masse dans les années 80 et le multiculturalisme. On a donc droit à un petit cours d'histoire, notamment lorsqu'on évoque l’indépendance en Algérie de 1962 qui a provoqué le départ des parents de Vincent (l'exode des juifs d’Algérie), le père étant d'origine marocaine et la mère d'origine algérienne.

Avec Juste une illusion, Eric Toledano et Olivier Nakache revisitent le "vivons ensemble", avec les juifs qui côtoient les arabes (les Dayan sont juifs et arabes) qui côtoient les français de souches, dont certains qui expriment des préjugés racistes (le concierge) ou qui sont fachos (les parents d'Anne-Karine). Etant né fin 1981, j'avais j'avais à peine quatre ans en 1985, l'année durant laquelle se déroule le film. Je n'ai donc pas réellement connu les années 80, mais le film me donne une impression des années 80 version carte postale, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentils. Alors ça ne me gêne nullement, le film s'inscrivant clairement dans la veine des feel-good movies, mais tout de même ... je n'ai pas pu m'empêcher de tiquer un peu face à certains propos gênants (le concierge) qui parfois passent crème. Le concierge il est un brin raciste, mais bon, au fond il n'est pas bien méchant. On a aussi les Duchesnais, les parents d'Anne-Karine, avec le père fachos qui est un brin caricatural tout comme la mère qui est complètement soumise par son époux. La place de la femme est d'ailleurs quelque peu problématique, avec la mère de Vincent qui est toujours remise à sa place, au second plan, le père ayant toujours le dernier mot. Et à la fin du film, elle devient cadre en gagnant un échelon ... le bonheur est sauf, quoi !

Mais Juste une illusion c'est avant tout une comédie et une comédie vraiment très drôle, avec des grands moments de cinéma. Il y a la poignée de main de François Mitterrand et Helmut Kohl qui est détournée par le grand frère pour piéger son petit frère et la scène d'engueulade qui s'en suit à table (la tronche de Louis Garrel filmé au ralenti est à mourir de rire). Il y a Pierre Lottin qui apprend l'informatique à Camille Cottin sous les yeux de Louis Garrel agacé. Il y a Vincent et sa bande de potes ados qui retrouvent la VHS porno cachée dans la mallette de jeu d'échecs, sauf que La Ruée vers Laure a été remplacée par La Ruée vers l'or ... encore un signe que tout ça, c'est juste une illusion ? Et puis, Juste une illusion c'est aussi des acteurs tous formidables. Louis Garrell est peut-être celui qui surprend le plus, une performance pleine d'autodérision. Personnellement, je ne l'avais jamais vu aussi bon et surtout aussi drôle. Pierre Lottin lui aussi est très drôle, dans un rôle qui lui va bien. Camille Cottin, elle, ne surprend pas. Elle est comme à son habitude, rayonnante, pleine d'énergie, à la fois belle, drôle et touchante. Mais là où le film n'avait pas le droit de se tromper, c'est pour le choix du jeune acteur qui allait interpréter Vincent. Le rôle a été dévolu à Simon Boublil, fils de Philippe Torreton. Et on peut tout de suite dire qu'ils ne se sont vraiment pas tromper, tant le jeune garçon est formidable.

Bref, Juste une illusion c'est du très bon Toledano & Nakache. On retrouve la marque de fabrique des deux réalisateurs, avec une écriture très soignée et une direction d'acteurs impeccable. Et la formule fonctionne une fois de plus, c'est toujours aussi touchant et drôle. Aprés, je ne peux pas nier qu'il y a ce petit côté "c'était mieux avant !" qui me gène un peu, une vision un peu trop carte postale des années 80. Mais peu importe ce petit grief, la qualité des dialogues et la performance des acteurs l'emportent sur tout le reste, pour un feel good movie nostalgique qui donne le sourire aux lèvres. C'est indéniable, Eric Toledano et Olivier Nakache ont un véritable savoir faire. Tous leurs films un petit "air de famille" qui nous donne envie de découvrir à chaque fois leur nouveau film ... et bien qu'il soit imparfait, ce cru 2026 est très agréable.

Créée

le 19 avr. 2026

Modifiée

le 19 avr. 2026

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