L'enthousiasme général devant Juste une illusion a quelque chose d'incompréhensible, à moins qu'on ne considère la faiblesse endémique du cinéma populaire français depuis plusieurs années, qui pousserait tout le monde, spectateurs et critiques se rejoignant dans une communion assez absurde, à célébrer systématiquement les films du duo Toledano / Nakache, quelle qu'en soit la valeur. Et pour Juste une illusion, plutôt inférieur à la production habituelle du duo, s'ajoute certainement l'effet vaguement nauséabond de la nostalgie des "années meilleures", le "monde d'avant...". Bref, je ne vais pas prétendre que Juste une illusion soit un mauvais film, il y a même une poignée de scènes très divertissantes, mais on est quand même dans un genre de cinéma sans idées et sans audace qui ne justifie pas beaucoup d'éloges.

Centré sur le personnage d'un pré-ado vivant ses premiers émois amoureux dans un registre vu et revu des centaines de fois à l'écran, le film présente une famille "ordinaire" se débattant dans des situations "ordinaires", ce qui en soit ne serait pas un problème si Toledano et Nakache avaient quelque chose d'intéressant à en dire. Compilation paresseuse de situations clicheteuses, jouées par des acteurs réduits à surjouer pour sortir le film de sa torpeur, le scénario de Juste une Illusion est particulièrement mauvais : à force de ne rien raconter et de vouloir parler de tout, le film ronronne et nous berce dans un cocon de nostalgie à la fois laide et poisseuse, les deux heures du film en paraissant trois.

Beaucoup moins drôle que sa bande annonce, qui regroupait à peu près toutes les interventions de Pierre Lottin - qu'on est surpris, du coup, de voir aussi peu dans le film -, Juste une illusion ne nous fera pas beaucoup rire. Pas vraiment courageux quand il s'agit de parler d'antisémitisme à une époque où le sujet s'est complexifié, Juste une illusion se contente de nous montrer Téléphone - parce qu'on parle de The Cure et de Joy Division dans les dialogues, mais on ne nous montrera que Téléphone, bien sûr ! - jouer Un autre monde lors d'un rassemblement anti-RN, soit une approche sans risques et forcément consensuelle.

Quant à la reconstitution de l'année 1985, elle est soignée, mais multiplie les anachronismes. Ce qui, en soi, n'est aucunement un problème, sauf que les conversations des spectateurs au sortir de la séance ne font que tourner autour de ce qui "ne va pas" en termes de recréation des années 80. La preuve ultime que personne n'a été convaincu par le "cinéma" sur l'écran, juste "intéressé" par la revisite nostalgie d'une époque qui revient à la mode.

[Critique écrite en 2026]

Eric-Jubilado
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le 19 avr. 2026

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