Il existe un contrat tacite entre moi et le cinéma. Dès qu'il existe un film nostalgique sur les années 80, je suis légalement tenu d'aller le voir, sans me soucier du scénario ou de qui le réalise.

Et comme d'habitude, je ne suis pas déçu.


Juste une illusion est une belle réussite, et sans doute mon premier vrai coup de cœur de l'année. A la fin du film, j'étais déjà convaincu que je le reverrai avec plaisir dans quelques années.

Evidemment, les années 80 sont très bien reconstituées (moi qui ait très bien vécu cette décennie, étant né en 1997). Le fait d'introduire le film par les logos des productions mais retravaillés avec leur design 80's aide beaucoup à se plonger directement dans cet univers urbain qui n'est pas sans rappeler les quartiers de La boum. le parallèle avec ce dernier est assez rapide à faire d'ailleurs, ne serait-ce que par le milieu social [classe moyenne en ballottage face à l'évolution de l'économie et des mœurs]. Mais on peut aussi y rattacher les sujets principaux du film, à savoir les tracas familiaux et l'adolescent de la famille en premier spectateur.

Le héros, Vincent, est magistralement interprété par Simon Boublil. Le personnage est bien écrit, attachant et bien personnalisé. On regrettera une relation un peu trop caricaturale avec son grand frère au début du film, relation qui devient déjà plus nuancée à la fin. Ses goûts musicaux souffrent quant à eux d'une trop faible représentation au fil de l'avancée du film, et j'avoue que j'aurai aimé que l'on s'attarde un peu plus sur la question musicale. Le film commençait pourtant sur les chapeaux de roue, doté d'une bande son à la hauteur mais un peu atténuée sur sa fin.


Difficile d'identifier la principale trame narrative du film: une histoire d'amour? le destin d'une famille? Tout se mélange dans une tranche de vie vraiment plaisante, un peu à l'instar de La boum au final. Ce n'est pas nécessairement un défaut au final, mais on ressent parfois le manque d'un réel enjeu. L'atmosphère poétique et marquée par son époque porte sans doute Juste une illusion plus que son déroulement intuitif.


Le film se paye le luxe d'une mise en scène variée, avec quelques effets bien placés et quelques clichés remobilisés intelligemment. Je pense notamment à l'une des meilleures scènes du dernier acte, assez proche du romantisme de La boum 2.

A savoir le baiser sous la pluie, attendu, consensuel, mais oh combien magnifique et astucieux sur les conséquences de la pluie.

Comme dit plus haut, la musique a une vraie importance dans l'histoire. Je suis un ardent défenseur des bandes-son avec chansons à texte, ainsi que de l'usage de la musique diégétique. Je suis donc très satisfait, notamment pour les premiers actes. La variété des styles est plutôt plaisante, et le rapport à la musique chez les différents protagonistes est plutôt intéressant. J'aurai cependant attendu une évolution subtile chez Vincent,

qui, forcé d'adopter les goûts de son frère, aurait pu se mettre à mieux le comprendre et à apprécier la New wave au regard des épreuves qu'il traversait.

Sur le choix des morceaux, pas grand chose à dire, sinon un regret sur la musique de fin qui introduit le générique. C'est là qu'un grand titre aurait été stratégique. Néanmoins, c'est un peu à l'image de la fin, un peu trop rapide et pas assez aboutie selon moi.


S'agissant des autres acteurs, aucune interprétation ne m'a paru dérangeante. Les parents sont assez réalistes, Camille Cottin en mère travailleuse et Louis Garrel en père un peu paumé. Alexis Rosenstiehl dans le rôle du grand frère est assez crédible, et même plutôt convaincant sur la fin. Pour un film de deux heures, je pense cela dit qu'on pouvait espérer encore plus de profondeur, mais sa présence est notable. De ce que j'ai vu, l'acteur a joué dans un autre film se déroulant dans les années 80, j'irai bien y jeter un oeil.

La bande de copains est plutôt clichée, mais j'ai envie d'y croire et elle reste plutôt sympathique. La scène entre le père de Vincent et celui de son meilleur ami est vraiment bonne, même si je l'avais pressenti.

Enfin, le concierge interprété par Pierre Lottin est assez intéressant dans son rapport de classe à la famille Dayan, et l'évolution du personnage accompagne bien l'évolution de la famille.


Juste une illusion fait appel à ma sensibilité nostalgique, mais aussi à toute la batterie d'émotions déjà mobilisée dans Nos jours heureux (seul autre film d'eux que j'ai vu). Le film est très drôle, avec deux trois séquences d'anthologie. Ca riait parfois dans la salle, sans que ce soit pensé pour être une totale comédie. On a affaire à un film entier plutôt bien équilibré, qui sait autant prendre le temps qu'il oublie d'ancrer son scénario, et le résultat final est franchement plaisant. Les propos politiques sont présents mais le film montre plus qu'il ne parle sur ces sujets, les rapports humains sont réalistes, rien n'est trop gnangnan ni trop larmoyant, et les personnages sont crédibles. J'aurai été prêt à suivre une série basée sur cette famille je pense, et ça aurait été un sacré défi de réaliser une saison entière sur cette période, un peu à l'image des films autobiographiques de Ricardo Trogi (1981, 1987, 1991,...). Je veux voir grandir Vincent Dayan et sa famille, son évolution avec sa love interest, son grand frère,...Mais combien de gens en France seraient-ils le public visé?


Je réclame à corps et à cri des films entiers, nostalgiques et musicalement bien équipés, je ne peux donc pas laisser les quelques défauts de Juste une illusion gâcher mon plaisir. J'ai vraiment beaucoup aimé et je le recommande chaudement.


Créée

le 12 mai 2026

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lordwraith

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