Réussir un film sur le passage de l’enfance à l’adolescence et ses premiers émois amoureux sans tomber dans la mièvrerie est un défi que Nakache et Toledano ont relevé avec brio. Tout sonne juste dans ce film où on sent la trace du vécu des deux compères. Même si ces années-là ne sont pas celles de ma propre adolescence, j’y retrouve un tas de références qui sonnent juste. Il y a là un talent évident pour faire revivre un passé intime sans tomber dans une intellectualisation du propos.
Pour que le spectateur soit embarqué, il faut des interprétations à la hauteur. Camille Cottin et Louis Garrel sont parfaits dans leur rôle de parents dépassés. Le jeune Simon Boublil et son frère sont juste parfaits. Une mention spéciale à Pierre Nottin qui, j’espère, sortira vite des « rôles-étiquette » de prolo, il mérite mieux. Les seconds rôles, tels le rabbin, sont criants de vérité. Si le film sonne juste, c’est aussi par la précision de la reconstitution. Le bus de la ligne RATP 171 de ces années-là qui passait la frontière entre le «bas» à Suresnes et le «haut» à Versailles, qui marque la frontière invisible entre les classes moyennes du bas et celles du haut du panier. Le film fait revivre des transitions importantes de la société des années 80. Le chômage du père qui se croyait protégé par un statut de cadre et celui de la mère qui attrape le train de la modernité en apprenant à se servir des premiers ordinateurs pour devenir cadre à son tour. Une mention à la génération « touche pas à mon pote » avec les images du concert place de la Concorde en contrepoint des réflexions d’un racisme-soft parfaitement incarnés par Lottin ou les parents de la dulcinée du jeune héros. Il y a quelque chose de rafraichissant chez Nakache et Toledano, quelque chose de frais, pas intello qui, l’air de rien, fait toucher du doigt des choses profondes et sérieuses : tout simplement humaines. Au final, un bon film pour la nostalgie chez certains. Pas d’autre ambition, mais une réussite.