Réussir un film sur le passage de l’enfance à l’adolescence et ses premiers émois amoureux sans tomber dans la mièvrerie est un défi que Nakache et Toledano ont relevé avec brio. Tout sonne juste dans ce film où on sent la trace du vécu des deux compères. Même si ces années-là ne sont pas celles de ma propre adolescence, j’y retrouve un tas de références qui sonnent juste. Il y a là un talent évident pour faire revivre un passé intime sans tomber dans une intellectualisation du propos.

Pour que le spectateur soit embarqué, il faut des interprétations à la hauteur. Camille Cottin et Louis Garrel sont parfaits dans leur rôle de parents dépassés. Le jeune Simon Boublil et son frère sont juste parfaits. Une mention spéciale à Pierre Nottin qui, j’espère, sortira vite des « rôles-étiquette » de prolo, il mérite mieux. Les seconds rôles, tels le rabbin, sont criants de vérité. Si le film sonne juste, c’est aussi par la précision de la reconstitution. Le bus de la ligne RATP 171 de ces années-là qui passait la frontière entre le «bas» à Suresnes et le «haut» à Versailles, qui marque la frontière invisible entre les classes moyennes du bas et celles du haut du panier. Le film fait revivre des transitions importantes de la société des années 80. Le chômage du père qui se croyait protégé par un statut de cadre et celui de la mère qui attrape le train de la modernité en apprenant à se servir des premiers ordinateurs pour devenir cadre à son tour. Une mention à la génération « touche pas à mon pote » avec les images du concert place de la Concorde en contrepoint des réflexions d’un racisme-soft parfaitement incarnés par Lottin ou les parents de la dulcinée du jeune héros. Il y a quelque chose de rafraichissant chez Nakache et Toledano, quelque chose de frais, pas intello qui, l’air de rien, fait toucher du doigt des choses profondes et sérieuses : tout simplement humaines. Au final, un bon film pour la nostalgie chez certains. Pas d’autre ambition, mais une réussite.

SaintPol
6
Écrit par

Créée

le 25 avr. 2026

Critique lue 16 fois

Juste une illusion

Juste une illusion

7

Candy-Alice

le 17 août 2026

Suivre

La banlieue funky de nos souvenirs

Avec une banlieue si douce, aux allures de carte postale, un gardien un peu chiant, mais toujours bien utile. Un couple venu d’ailleurs, qui s’engueule, s’aime, se ment, comme ceux que le quotidien...

Juste une illusion

Juste une illusion

9

Azur-Uno

le 29 mars 2026

Suivre
Dernière modification

le 30 mars 2026

Ce qu'on croyait déjà vivre

Depuis plus de vingt ans, on attend avec impatience le dernier film du duo "Toledano Nakache", porté par les succès retentissants de Intouchables (2011) et le Sens de la fête (2017). Ils marquent...

Juste une illusion

Juste une illusion

7

Le-General

le 15 avr. 2026

Suivre

Ce film va te ramener directement en 1985 (et ça fait bizarre)

Il y a des périodes qui ne s’oublient pas. Pas parce qu’elles étaient belles. Mais parce qu’elles étaient floues. Juste une illusion, c’est exactement ça. Un souvenir qui tremble. Nous sommes en...

Horizon - Une saga américaine : Chapitre 1

Horizon - Une saga américaine : Chapitre 1

7

SaintPol

le 3 juil. 2024

Suivre

Long mais parfaitement mené

Quel film ! Je ne sais pas par où commercer pour écrire cette critique. Dois-je parler d’abord des destins croisés de personnages que le réalisateur suit au long de trois heures ? Dois-je parler du...

Le Jeu de la reine

Le Jeu de la reine

8

SaintPol

le 5 mars 2024

Suivre

Magistral !

Je ne sais pas pour vous, mais il m’arrive de passer complètement à côté d’un beau film par pur manque d’attention. C’est ce qui m’est arrivé lors du dernier Festival de Cannes à propos de Firebrand...

Tatami

Tatami

8

SaintPol

le 14 sept. 2024

Suivre

Victoire par ippon !

Il y a des films dont on pressent qu’ils deviendront des classiques dès les premières images. C’est le cas de ce « tatami ». Avant de parler du message transmis par le film, il faut s’intéresser au...