Avec une banlieue si douce, aux allures de carte postale, un gardien un peu chiant, mais toujours bien utile. Un couple venu d’ailleurs, qui s’engueule, s’aime, se ment, comme peuvent le faire ceux qui s’aiment encore malgré les fissures du quotidien. Et puis leurs deux enfants, dans leurs tentatives d’étranglement, leurs combats de catch improvisés au milieu de la maison, chacun cherchant à conquérir la chambre de l’autre, comme si elle était déjà un petit morceau de liberté.
Tout cela sous un fond de musique funky, rock, new age, ces mélodies des années 80 qui semblent flotter dans l’air et donner aux souvenirs une couleur particulière. Et puis il y a le Rabbin, figure presque intemporelle, qui accompagne Vincent ( Simon Boublil ), dans ses premières interrogations, ses premières découvertes, avec peut être, un jour, l’espoir de partir et de finir au paradis.
Il y a dans Juste une illusion quelque chose de profondément tendre. Une chronique familiale qui avance par petites touches, par disputes, maladresses, éclats de rire et silences. Rien n’est véritablement spectaculaire, et pourtant tout semble important. Parce qu’à douze ans, chaque émotion prend une dimension immense. Une parole peut blesser, un visage peut bouleverser, une chanson peut devenir un souvenir pour toujours.
Vincent Dayan, interprété par le jeune Simon Boublil, traverse cette histoire avec cette fragilité particulière des enfants qui commencent à comprendre le monde sans encore savoir comment y trouver leur place. Boublil est étonnant de justesse. Il ne cherche jamais à en faire trop et parvient pourtant à faire passer une multitude d’émotions. Il y a dans son regard les premières fois, les hésitations, les petites blessures et ces instants que l’on ne comprend pas encore, mais que l’on gardera toute sa vie.
Face à lui, Vincent Garrel compose un père à la fois dépassé, attachant et profondément humain. Un acteur qui semble s’être pleinement trouvé avec le temps, jusqu’à devenir un comédien d’une grande justesse. Il possède ici une présence simple, presque familière, qui donne au personnage toute sa vérité. Sandrine Cottin, elle, confirme qu’elle peut décidément tout jouer. Elle passe de la comédie à l’émotion avec une facilité déconcertante et donne à son personnage une fragilité qui dépasse largement les apparences. Il y a chez elle quelque chose de presque douloureux dans cette condition de femme, de mère, que l’on voudrait réduire à une simple potiche, mais qui se bat pour exister, évoluer et conquérir sa place, malgré le mépris de son mari et celui des hommes.
Et puis il y a les vêtements, les coupes, les couleurs, les coiffures, et ces voitures vintage que collectionne ce parking, tout ce petit monde visuel qui nous ramène brutalement à une époque où l’on pouvait avoir l’impression que le futur serait éternel. Aujourd’hui, certaines tenues nous font sourire, parfois même rire, mais elles sont aussi les témoins d’un temps disparu. La mode, comme la musique, devient alors une machine à souvenirs.
La musique justement. Imagination, Toto, Téléphone, The Cure, Earth, Wind & Fire, et toutes ces sonorités qui ne sont jamais de simples ornements. Elles accompagnent les personnages, prolongent leurs émotions, donnent du relief aux scènes et transforment parfois un moment ordinaire en souvenir de cinéma. La musique semble mettre un voile doux sur les disputes, les maladresses et les petites tragédies familiales.
Et comment oublier le gardien, Étienne Berger, interprété par Pierre Lottin, un acteur qui, pour moi, trouve ici son meilleur rôle. Un personnage un peu agaçant, un peu drôle, parfois raciste, comique, mais jamais méchant, finalement indispensable à cette petite communauté. Il appartient à ces figures secondaires qui pourraient sembler insignifiantes et qui, pourtant, deviennent avec le temps celles dont on se souvient le plus.
Juste une illusion parle finalement de ces années où tout arrive pour la première fois, même les miracles. Les premières émotions, les premières déceptions, les premières envies de partir, les premiers regards sur les adultes, la famille, l’amour, la religion, le désir de devenir quelqu’un, et les fausses illusions comme SOS Racisme.
Des choses minuscules à l’échelle du monde, mais immenses lorsqu’on a douze ans.
C’est peut être cela qui rend le film si attachant. Il ne cherche pas à raconter une grande histoire, mais une multitude de petits instants qui, mis bout à bout, finissent par composer une vie. Comme le tableau d’un peintre impressionniste, le film avance par touches, par impressions, par couleurs et par fragments. Et lorsqu’on recule un peu, tout apparaît. Une famille, une banlieue, une époque, une enfance.
Des souvenirs à tous les banlieusards d’ici et d’ailleurs. Une photographie réussie d’un temps qui n’est plus, proposée par les réalisateurs Olivier Nakache et Éric Toledano. Un film doux, drôle, parfois mélancolique, qui nous rappelle qu’il existe des souvenirs que l’on croyait avoir oubliés et qu’une simple chanson, une photo, suffit parfois à faire revenir.