Il convient de l'admettre d'emblée : la trame scénaristique ne brille guère par son audace. Le film nous plonge dans le quotidien d'une famille juive sépharade de banlieue parisienne, épousant le point de vue d'un jeune garçon à l'âge des basculements. Autour de lui gravitent un frère aîné, un père terrassé par le chômage, et une mère qui tente, vaille que vaille, de maintenir à flot ce foyer vacillant. S'ajoute à ce tableau convenu une romance contrariée aux accents shakespeariens, où notre jeune protagoniste s'éprend d'une jeune fille issue d'un milieu diamétralement opposé – et dont la famille se montre farouchement hostile à leur idylle.
Pourtant, c'est précisément dans les interstices de ce canevas sans surprise que s'opère l'indéniable virtuosité du duo Toledano-Nakache. Transcendant la banalité de leur prémisse, les cinéastes déploient cette magie qui leur est propre pour livrer une œuvre à la fois poignante et jubilatoire. Par-delà l'efficacité comique, le film parvient à esquisser une réflexion d'une belle justesse sur les contours de l'identité juive, la pesanteur du déterminisme familial et l'inéluctable deuil de l'innocence. Le tout est sublimé par une direction artistique soignée qui rend un vibrant hommage aux années 80.
On regrettera toutefois que cette fresque attachante souffre d'un androcentrisme aussi prononcé. Le prisme narratif est si exclusivement masculin que l'œuvre échoue de manière rédhibitoire au test de Bechdel. Les figures féminines y sont si cruellement isolées les unes des autres qu'il est bien difficile, une fois la projection achevée, de se remémorer la moindre interaction ou ligne de dialogue entre deux femmes à l'écran. Une lacune dommageable qui prive le récit d'une modernité dont il aurait grandement bénéficié.