Tous les vieux quadras se souviennent avec nostalgie de l’anime Ken le survivant (Hokuto no Ken pour les puristes). Adapté du manga de Buronson, ce dessin animé, diffusé l’après-midi par le Club Dorothée sur la une, à destination des enfants, mettait en scène un guerrier solitaire spécialiste des arts martiaux meurtriers qui explosait les crânes d’horribles pillards psychopathes dans un monde post-apocalyptique peuplé d’enfants en pleurs, de jeunes femmes à sauver et de grands tarés aux gueules de cauchemar.
Un dessin animé pour les enfants quoi...
Inoubliables les "tatatatata..." à la Bruce Lee, les têtes de vilains pas beaux qui se déforment avant d’exploser, et les répliques du genre : "Tu ne le sais pas encore mais tu es déjà mort" déclamées par Philippe Ogouz, la voix française de Patrick Duffy.
L’anime japonais sera prolongé de deux (bons) films d’animations dans les années 90 et de trois OAV oubliables durant les années 2000.
Le plus remarquable dans tout ça reste la tentative d’adaptation américaine de 1995. Produit par une Cannon en fin de vie, emballé par un Tony Randell alors incapable de trouver un seul axe de caméra correct, Fist of the North Star : La légende de Ken le survivant reste aujourd’hui le parfait exemple du nanar décomplexé en mode post-apo discount dont les vidéoclubs raffolaient à l’époque.
La réalisation est si mauvaise qu’elle multiplie sans arrêt les gros plans pour palier au maigre budget alloué à la production. La photographie, elle, est suffisamment dégueulasse, pour servir de cache-misère. Quelques plans fixes sur la tour en carton du méchant, des travellings inutiles sur le sol (le gravier, c’est si cinégénique), des ralentis abusifs lors des situations périlleuses, un costaud qui casse un rocher en papier mâché pour montrer sa force, des chorégraphies risibles, des matte-paintings confectionnés par des stagiaires à mi-temps en guise de désert atomisé, une musique à faire vomir Obispo, des sfx de merde (la palme revient à la gamine en lévitation parlant avec la voix de Malcolm McDowell), rien, mais alors rien, n’a été fait avec un quelconque souci de qualité. On se trouve bien sûr à des années lumière des visions post-apocalyptiques de Terminator et de Mad Max 2. Même celui de Highlander 2 fait frissonner à côté des plaines en carton pâte de Ken le survivant.
Les acteurs eux-même semblent s’être perdus sur le tournage, pas vraiment conscients du merdier dans lequel ils avaient mis les pieds. On notera trois "vrais" comédiens enlisés dans ce bourbier : avec 50 secondes de présence à l’écran, Malcolm McDowell avait de quoi s’interroger sur la tournure qu’avait pris sa carrière vingt ans après Orange mécanique. Le regretté Chris Penn, lui, se demandait certainement ce qu’il foutait là, trois ans après le succès de Reservoir dogs. Quant à Costas Mandylor, il espérait probablement que sa carrière décolle, dix ans avant ses exactions sanglantes dans les Saw. Trois autres seconds couteaux (le cinéaste Melvin Van Peebles, le jeune Dante Basco transfuge de Hook, et le pote de Jack Nicholson, Taylor Mitchell) viennent se joindre à la distribution.
La meilleure idée de la production est d’avoir confié le rôle de Kenshiro à Gary Daniels. Artiste martial d’envergure, connu pour sa parodie de... Ken de Street Fighter dans le Niki Larson de Jackie Chan, et aussi pour son pugilat contre Jason Statham et Jet li à la fin du premier Expendables, Daniels est un "vrai" artiste martial (ancien professionnel de kickboxing) mais un faux acteur. Affublé d’une perruque ridicule, le regard vide, le jeu caricatural, il ressemble à une parodie de héros de film d’action à la Ben Stiller. Daniels est d’ailleurs la chose la plus amusante à regarder dans tout ce marasme artistique. Le clou du spectacle reste ces moments où il imite la pluie de coups de la version anime (en mode "tatatatatata") sur ces ennemis. Des scènes... magiques.
Bien sûr, on ne parlait pas encore de white washing à l’époque. C’est pour cela que l’ensemble des protagonistes du film tels que Shin ou Kenshiro, avec des noms donc bien japonais, sont incarnés par des acteurs occidentaux, blancs aux yeux bleux. Logique.
Reste cette volonté de faire gicler le sang de temps en temps, avec des crânes qui se déforment avant l’explosion (on n’en voit d’ailleurs aucune, pas assez de budget) dans un souci évident de respecter les effusions de sang du manga original. Au moins, on ne pourra pas reprocher à cette adaptation d’avoir trahi l’oeuvre de Buronson sur ce point-là.
(Critique écrite en 2024, un soir de mélancolie)