KFC
4.7
KFC

Film de Le Binh Giang (2017)

Il y a des films qui sont réservés à un public très averti. Vous savez, ce genre de films qu’il est déconseillé de visionner pendant un repas sous peine de régurgitation soudaine de ce qu’on vient à peine d’avaler. Des films trashs, tellement extrêmes dans ce qu’ils osent qu’ils en ont parfois un côté absurde, voire carrément WTF. Ce genre de cinéma dit extrême à ne pas mettre entre toutes les mains, à regarder à ses risques et périls. Je vais donc vous parler du vietnamien KFC, premier film du tout jeune Le Bihn Giang, qui avait été écrit au départ comme projet de fin d‘études à l’Université de Hô-Chi-Minh mais qui n’avait pas été accepté par le jury qui avait jugé ça trop violent et trop choquant. Putain tu m’étonnes ! Eh bien il ne s’est pas découragé le bougre puisqu’après avoir réalisé quelques courts métrages, dont certains primés dans des festivals, il réussit à trouver les fonds nécessaires pour pouvoir tourner son film qui déboule en 2017. 1h08 au compteur, génériques compris, et 1h08 de film dont on sent bien, et ce dès la première scène, qu’il va être très … particulier. Un spectacle à la fois complètement déjanté et très dérangeant. Une véritable curiosité.


Commençons par un petit exemple, juste pour que vous compreniez bien à quoi nous avons affaire ici. Lors d’une scène, deux gamins d’à peine 8 ou 9 ans se retrouvent autour d’une table. Alors que le jeune garçon est en train de dévorer une main trouvée dans son réfrigérateur, la petite fille mange un pénis tranché. Elle se met à tout vomir dans un verre devant les yeux de son jeune ami qui s’empresse de boire cette boisson nouvellement arrivée dans ce contenant. Classe non ? Et ce n’est là qu’un exemple du merveilleux monde complètement out of this word de Le Bing Giang. Mais il serait trop long de vous raconter toutes les choses improbables qu’il est possible de voir dans KFC. Alors je vais balancer quelques mots, comme ça … Nécrophilie, cannibalisme, torture (découpage de langue au ciseau, arrachage de dent à la pince), fétichisme poussé à l’extrême des poils sous les bras, vampirisme vaginal à la paille, et trucs encore plus tordus. Mieux vaut avoir l’estomac bien accroché sous peine de poser un renard toutes les trois scènes. Ne pas se choquer lors de scènes sortant des mœurs habituelles est un plus indéniable car, outre l’aspect graphique et craspec de certains passages, Le Bihn Giang ose tout. Difficile de voir le but d’un tel film. Selon le réalisateur, il a juste voulu faire plaisir aux amateurs de bizarreries et de cinéma trash. Mais derrière de découpage de langues et autres scènes horribles, on peut y voir aussi la critique d’une société où la violence est omniprésente, dans les médias, dans la rue, et que les premiers à subir cette violence sont les jeunes enfants qui absorbent tout ça tels des éponges. C’est peut-être chercher un peu loin, mais ça aurait néanmoins du sens.


KFC est un film assez difficile d’accès. Par son côté extrême évoqué ci-dessus certes, mais pas que. Sa construction est également très étrange et rendra le visionnage très confus. Durant toute la première moitié du film, on a l’impression d’assister à une succession de scénettes qui s’enchainent sans aucun lien entre elles si ce n’est qu’elles ont toutes en toile de fond quelque chose à voir avec l’enseigne KFC (d’où le titre donc). Une ambulance renverse un couple à mobylette, puis des gangs se battent, puis un mec va voir une prostituée, puis un mec se fait voler son portefeuille, … On n’y comprend strictement rien. Puis au bout d’un moment, le film revient sur certaines scènes du début et on se rend compte qu’il se passe à deux époques différentes. On se dit qu’on va pouvoir commencer à rassembler les pièces du puzzle mais là encore, la difficulté à identifier dans laquelle des deux temporalités se situent les scènes accentue encore plus le côté casse-tête du scénario.
Si ce n’est un ou deux effets clipesques inutiles, la mise en scène dans son ensemble est bonne. Travelings, plans séquences, steadicam, Le Bihn Giang sait clairement ce qu’il fait. L’ambiance de son film est très travaillée, avec ton désespéré, très noir (d’autant que beaucoup de scènes se passent de nuit), des plans qui durent parfois très (trop ?) longtemps sans que le moindre mot ne soit prononcé (il doit y avoir à peine 200 lignes de dialogues sur tout le film). Ça en devient même assez hypnotisant. Le Bihn Giang, un réalisateur à suivre ? Certainement.


Si vous faites partie de cette catégorie de gens à l’estomac fragile, allez manger un KFC. Si vous faites partie de ces gens qui n’ont pas peur d’un cinéma extrême, trash, étrange, parfois même absurde, allez regarder KFC, car c’est une curiosité qui vaut le coup d’œil.


Critique originale : ICI

cherycok
7
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le 31 janv. 2019

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cherycok

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