Avec son pardessus bleu, sa cravate rayée et son cartable de prof, le "président" avance péniblement, de la neige jusqu'aux genoux, dans la montagne. Il est en fuite, escorté de son "premier ministre" et d'une poignée de miliciens barbus, sales et dévoués. Dans la boue, à travers les forêts et les rivières glacées, de hameaux en masures misérables, il fuit un ennemi invisible mais omniprésent. Lui, c'est le premier président de Georgie, élu après la chute de l'empire soviétique. Il a été destitué par un coup d'Etat militaire, la guerre civile a fait des ravages, et il est poursuivi par les soldats du nouveau régime. Son épopée dans les paysages majestueux du Caucase fait songer à un western dont elle reprend tous les codes. La fuite est absurde, désespérée et l'issue forcément fatale. Le déclin du héros et son destin tragique sont au coeur de ce film à la photo magnifique et froide. Le cinéaste s'est inspiré de l'histoire vraie du président Gamsakhourdia, devenu le héraut du nationalisme georgien, mais en a tiré une belle et étrange réflexion aux accents oniriques sur la solitude du pouvoir.