Après avoir été acclamé à l'étranger pour Sonatine puis être revenu au potache via Minnâ-yatteruka, Takeshi Kitano lève le voile en 1995 sur son versant sensible. Juste après son accident de moto quasi fatal il livre Kizzu ritân aka Kids Return, récit des premières années adultes de deux amis, cancres pratiquant l'école buissonnière au début du film. Ils vont chercher leur salut dans la boxe ; faute de reconnaissance, l'un virera yakuza. La mise en scène est de leur côté, sans réserves ni jugements. Ces jeunes hommes sont pris en pitié sans être tenus pour des victimes, leur combativité et leur candeur sont appréciées, leurs débordements pardonnés.


Cette tendresse est balancée par une brutalité surtout sociale, institutionnelle, rarement physique ; le système scolaire, les variétés de vigiles adultes ou de la hiérarchie font froidement barrage. Mais Kitano s'en tient à l'irrationnel et accouche d'un point de vue mou, voire inexistant hors du parti-pris manifeste pour les décrocheurs. Les deux personnages restent assez creux, il est d'ailleurs parfois dur de les différencier ; l'environnement surtout est traité avec une perspective de cartoon sérieux et triste, qui serait tenté de virer à la leçon mais refuserait d'assumer un tel engagement. Le professeur est un affreux robot et les autres ne valent pas mieux, à seriner leurs niaiseries moralisatrices ou pragmatiques, sur la loubardise ou l'intégration du tandem dans la première partie.


Ensuite le credo 'ne compter que sur sa volonté propre' sera répété une dizaine de fois. Le film traîne donc ces idées courtes sans les transformer, ce qui n'entamera pas la sympathie si elle s'est diffusée, mais reste frustrant à-côté. L'humour est frontal et quelques scènes ironiques surnagent, comme les plaintes dans le taxi ou la joie enfantine des pontes de la mafia. Quoiqu'il arrive Kids Return est plus vif que Violent Cop et Sonatine ; plus simple surtout. Violent Cop était presque sans substances ni émotions, mais marquait des points sur l'esthétique (surtout sonore) ; cet opus reste fade et ne distingue pas Kitano, sauf via le doublon de comiques régulièrement croisé, marqueur de son expérience et de sa subjectivité.


https://zogarok.wordpress.com/2017/01/08/kids-return-kizzu-ritan/

Créée

le 6 janv. 2017

Critique lue 2.1K fois

Zogarok

Écrit par

Critique lue 2.1K fois

7
1

D'autres avis sur Kids Return

Kids Return

Kids Return

9

ThoRCX

150 critiques

Ceci n'est pas la fin, mais le commencement.

Kids Return est un vrai film sur les "Hamidashimono". Ce terme signifie littéralement "celui qui sort/déborde du lot", et vise les marginaux de la société, particulièrement vus comme des gênes dans...

le 4 juil. 2013

Kids Return

Kids Return

8

Velvetman

514 critiques

L'école de la vie

Du haut d’un vélo dans la cour de leur bahut, ça vivote, ça frappe du premier de la classe pour se payer des cigarettes ou mater des films pour adultes. Vivre de l’air du temps en somme, sécher pour...

le 3 déc. 2015

Kids Return

Kids Return

7

Sergent_Pepper

3171 critiques

Cancres las.

Entre les cimes Sonatine (1993) et Hana-Bi (1997), Kid’s Return est, en 1996 une œuvre plus mineure de Kitano ; elle n’en reprend pas moins tous les thèmes de son œuvre, en les abordant plus ou moins...

le 22 août 2017

Du même critique

Les Couloirs du temps - Les Visiteurs II

Les Couloirs du temps - Les Visiteurs II

9

Zogarok

1640 critiques

Apocalypse Now

La suite des Visiteurs fut accouchée dans la douleur. Des fans volent des morceaux de décors, le tournage est catastrophique, l'ambiance entre Muriel Robin et le reste de l'équipe est très mauvaise...

le 29 juin 2014

Kirikou et la Sorcière

Kirikou et la Sorcière

10

Zogarok

1640 critiques

Le pacificateur

C’est la métamorphose d’un nain intrépide, héros à contre-courant demandant au méchant de l’histoire pourquoi il s’obstine à camper cette position. Né par sa propre volonté et détenant déjà l’usage...

le 11 févr. 2015

Le Conformiste

Le Conformiste

10

Zogarok

1640 critiques

Le fantôme idéaliste

Deux ans avant le scandale du Dernier Tango à Paris, Bertolucci présente son premier film majeur. Inspiré d’un roman de Moravia (auteur italien le plus fameux de son temps), Le Conformiste se...

le 4 déc. 2014