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La mythologie est le tapis roulant de notre pensée, dit Aragon. Et moi je me demande, la revanche est-elle le tapis roulant de nos actes?
Je parlais avec un homme qui se prenait pour Dieu dans un jeu vidéo, Il tuait d'autres hommes par milliers, pour un gros projet qu'il jugeait nécessaire. Quand je lui ai dit qu'il semblait davantage vouloir se venger que faire justice, il m'a répondu :
_BIen entendu. Le désir de justice chez l'homme s'accompagne toujours d'un désir de châtiment.
Et moi c'est vrai aussi que je vis la vie, je crois, comme autant de climax qui sont des revanches. Me réveiller le matin est une revanche sur les rêves. Me coucher le soir est une revanche sur la conscience. Mes nuits blanches sont des revanches sur le jour. Aller aux toilettes comme il faut, est une revanche sur ma mauvaise alimentation. Et ma mauvaise alimentation, est une revanche sur la vie.
Accomplir quelque chose, ne serait-ce que manger six hamburgers d'affilée et de ne pas en mourir, est toujours une revanche sur le fait que c'était mal parti. On se laisse remplir par des choses, ne serait-ce que par le temps qui passe, jusqu'à ce qu'il soit inévitable de se mettre en mouvement, pour s'alléger le corps et l'esprit. Ainsi on nargue la vie, en tuant les idées fugitives dont elle nous charge.
Les séquences du réel se forment comme fonctionne cette petite fontaine dans le jardin japonais.
La petite fontaine berce le combat final du premier épisode de Kill Bill.
Le désir de châtiment fait concurrence à la notion de justice, et il ne reste de certain que le mouvement. Trouver un sens c'est choisir un mensonge, pour donner à la fontaine le courage de se vider de temps en temps. Le mensonge de Tarantino, c'est la mise en scène qui cherche toujours la jouissance.
Styliser, chez Tarantino, c'est aussi choisir la danse. Danser c'est mentir. C'est dire à la vie oui je sais, mais.... C'est pour ça qu'on danse beaucoup la nuit. Le mais, c'est mettre la musique de Téléfoot sur des gens qui marchent au ralenti.
Voilà le mensonge essentiel comme une revanche camouflée, c'est porter des chaussettes dans ses claquettes. Tradition, me diront les yakuzas... et bien en voilà un gros mensonge.
Mais je n'ai absolument rien contre les mensonges, comme le dit Céline : La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir : mourir ou mentir. Je n'ai jamais su me tuer moi.
Mais mentir lucide si possible. Dans l'art, c'est cool, on a l'option de la complaisance. L'art, c'est mentir à donf pour défoncer le présent. Et Tarantino se lâche.
Tarantino prends cette posture à la George RR Martin, il devient la mort cynique, sous la direction de laquelle les personnages se débattent. Ou alors, il donne à ses personnages la fonction de la mort, de celui qui vient faire cesser le mensonge. Les personnages croient faire justice, le réalisateur sait qu'ils mentent. Le réalisateur délègue la mort, et il garde le cynisme. Les personnages se mentent, et la mort viendra, leur rappeler qu'ils ne sont pas la mort. Sauf peut-être les nazis, plus salauds que la mort elle-même, et Samuel Lee Jackson (et ses grands laïus), que les balles ne veulent décidément pas toucher. Samuel Lee Jackson dans Pulp Fiction est vraiment un personnage très singulier, qui aime autant parler des burgers que les manger, et qui semble tout simplement venu d'ailleurs, pour dire à l'humanité qu'elle mourra probablement moins jeune si elle tente d'être juste. Son travail, rappelons-le, est de retrouver l'âme du grand méchant, morphalus je crois.
Ce qui est certain, c'est que les personnages de Tarantino ne mentent jamais longtemps. Ce sont des personnages toujours très déterminés, que l'absurdité souvent rattrape. Sauf quelques rescapés improbables, Bruce Willis et l'amour de sa petite femme, Uma Thurman et l'amour de sa petite fille, sorte de cristallisation exceptionnelle des événements, à la limite de l'improbable, pour tordre le cou aux mensonges de Céline.
Créée
le 6 mars 2019
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