"If he's got a dog, do we have to shoot the dog too ?"
Petit film bien étrange, Kill List nous embarque avec ses personnages dans une descente aux enfers effroyables et déroutante. Sommes-nous dans le délire du protagoniste, soldat britannique traumatisé par une mission récente dont personne ne saura jamais rien ?
La mission qu’on lui confie, simplissime (une kill list, donc, de trois personnes) va déchainer en lui la bête à mesure que les victimes lui donneront à voir une docilité inattendue et un monde de violence supérieur encore au sien.
Scénaristiquement, c’est très habile, car l’aspect bancal du mélange des genres est maitrisé et dynamite un à un tous les repères du spectateur : drame intimiste et conjugal d’un chômeur anglais, comédie de potes tueurs à gage, thriller, film onirique et cauchemardesque, d’épouvante et gore.
En gros, Ken Loach commence un film, puis invite Tarantino et Park Chan-Wook à en faire la suite, la fin échappant totalement à ses créateurs dans un remake plus ou moins assumé de The Wicker Man.
Visuellement, c’est tout aussi malin. On peut y voir un film fauché, qui effectivement a été tourné en 3 semaines, mais le montage elliptique, les brusques ruptures de ton et de registre accompagnent efficacement la perte de pied du personnage ; la naissance des personnages comme tueurs aguerris et sûrs d’eux, dans l’enthousiasme (les two mosqueteers ») les propulse vers une nouvelle aura cinégénique où les citations s’accumulent pour mieux les briser par la suite.
Les scènes de tuerie et de nuit sont franchement oppressantes et l’atmosphère de plus en plus ésotérique et hallucinatoire a un charme certain.
Le final, un peu trop démonstratif, laisse en suspens certaines questions.
[SPOILER] On peut toutefois se demander dans quelle mesure cette mascarade baroque n’est pas une construction du personnage, un simple psychopathe obligé de s’inventer des mobiles pour assouvir son besoin de sauvagement tuer. Si l’on fait les comptes, il a tué tout le monde autour de lui, dans une savante gradation allant d’inconnus archétypaux (le curé, le député, le pervers) jusqu’à son chat, son meilleur ami, sa femme et son fils. Une clé qui serait certes peu révolutionnaire, mais une fois encore assez maligne et dépasserait le simple film de genre dans lequel le récit semble se conclure.