Ne vous fiez pas à l'affiche : ce n'est pas un film d'horreur qui se passe la nuit dans une forêt angoissante. Il y a bien une tente orange, mais elle est plantée sur une plage dégagée au bord d'une rivière et sous un soleil de plomb. La nuit et la forêt alentour ne joueront pas leur rôle anxiogène habituel.
Grosso modo, c'est un survival à la "Délivrance", mais en Australie et à pieds. Un jeune couple de citadins vient faire du camping (du vrai de vrai, dans une TENTE !) en amoureux au bord d'une rivière, mais la tente orange voisine est bizarrement calme.
L'originalité du film, c'est que le réalisateur a choisi de nous montrer deux survivals en même temps : l'un - celui du couple d'amoureux - en temps réel, l'autre - celui de la famille de la tente orange - par flashbacks. Il a aussi pris soin de nous montrer dès le début une brève rencontre entre le couple et un autochtone louche et son chien agressif - autochtone qui se révèlera ensuite accompagné d'un pote tout aussi louche.
Entremêler les deux survivals permet au réalisateur de prendre son temps pour faire démarrer celui en temps réel. Et il prend vraiment son temps. En attendant, la tension s'installe grâce aux flashbacks du premier survival, parce qu'on se doute que le jeune couple va avoir affaire aux mêmes assaillants à un moment ou à un autre.
La construction est originale, mais je me demande si je n'aurais pas préféré un truc plus classique. On aurait pu tout comprendre en voyant les trois victimes et le petit garçon qui erre seul aux alentours de la tente. Mais dans ce cas, on aurait loupé le déroulement des agressions et les relations particulières entre les deux mecs (l'un est plus âgé et domine l'autre).
Le réalisateur a aussi choisi de filmer une grande partie de la violence des agressions en hors champs. Ce que je trouve bizarre, c'est qu'il l'a fait de manière sélective :
il montre crûment les coups de feu dans les corps, le gamin brutalement jeté par-terre (horrible !), mais il ne montre pas du tout les viols.
On aurait pu donc se passer de voir le déroulement des agressions et ne voir que le résultat.
En résulte un film moins viscéral et brutal que "Délivrance". Le film de Boorman m'a marquée à vie. Ce ne sera pas le cas pour "Killing Ground". Bizarrement, j'avais envie que les mecs de "Délivrance" s'en tirent, malgré leur arrogance citadine. On s'attache à cette bande de potes et ils n'ont rien fait de grave au point de mériter ce qui va leur arriver par la suite. Dans "Killing Ground", je n'ai pas ressenti la même chose - à part pour le pauvre petit garçon. Le couple d'amoureux n'est pas particulièrement attachant et pas très malin, et le "couple" de tarés en face n'est pas très original dans leur misère mentale et leur fonctionnement dominant/dominé. Le dispositif temporel artificiel et la sélectivité du hors champ font que le film est froid et en manque de viscéralité. Il m'a manqué quelque chose pour éprouver de l'empathie et garder un souvenir inoubliable.
Il mérite quand même 6, car l'interprétation est irréprochable et je salue la tentative du réalisateur de raconter son histoire autrement - même si ça ne m'a pas totalement convaincue. Et puis, ça change de voir autre chose que l'outback australien.