Un perceur de coffres américain de passage à Paris, un gang de camés hystériques pour un braquage qui vire au bain de sang.
Dans "Reservoir dogs", Roger Avary-scénariste ne donnait à voir du braquage que l'avant et l'après. Avec "Killing Zoe", Roger Avary-réalisateur/scénariste choisi précisément de montrer ce qui était éludé dans le film de Tarantino.
Le film est clairement scindé en deux parties : dans la première (un peu longue et verbeuse), l'étranger américain, réfléchi et pondéré, qui débarque dans un univers qui lui est inconnu, rencontre le gang avec lequel il va devoir travailler, constitué d'exaltés drogués au dernier degré. La seconde partie (prévisible, quant à elle) est entièrement dédiée au braquage.
Une constante entre ces deux parties : un film qui se déroule principalement en intérieurs. En effet, mis à part le générique de début (une vue subjective dans un véhicule qui parcourt les boulevards parisiens jusqu'à l'aéroport), on n'offrira plus de séquences extérieures au spectateur.
Une recherche sur Internet nous éclaire à ce sujet : tout le film a été tourné en studios, aux States.
Choix plastique intentionnel ou imposé par un budget limité ? Cela confère en tous cas, une étrange atmosphère de claustration, où la réalisation parvient à donner l'impression au spectateur de manquer d'oxygène, tant l'hystérie ambiante est prégnante.
Pour "Pulp fiction" qu'Avary a co-écrit, la violence était désamorcée par une approche ironique. Pour "Killing Zoe", la violence se veut frontale et sanglante, et en 1993, elle m'avait sidéré, le personnage campé par Anglade m'avait convaincu.
Vu aujourd'hui, j'ai trouvé que la violence graphique manque de tension, les gesticulations histrioniques d'Anglade tournent à vide. Là où les dialogues d'un "Reservoir dogs" ou "Pulp fiction" font toujours mouche, ceux de "Killing Zoe" retombent comme un soufflé.
On peut préciser que les quelques effets gores qui émaillent le film ont été réalisés par Tom Savini (un type pas inconnu des afficionados des zombies de Romero).
Trente années ont passé, le côté hype de ce métrage n'est plus. Reste un film de braquage au casting franco-américain plutôt inédit, dont la petite réputation de film culte (galvaudée s'il en est) s'est émoussée avec les décennies.
A voir pour : Anglade qui en fait des caisses en camé aux longs cheveux gras ; la blague obscène racontée par un braqueur masqué : on pense au Polichinelle de la Commedia dell'Arte ; l'étrange et courte séquence où Anglade s'approche de la caméra avec des yeux exorbités et entend des voix.