A l'image récemment de certains films de réalisateurs réputés, la sortie de "Kinds of kindness a généré une vague de déception, en terme de recettes d'exploitation, mais également de frustration chez nombre d’amateurs du cinéma récent de Lanthimos.


Pourtant depuis qu’il a quitté sa contrée d’origine, le cinéaste séduit le petit monde des festivals, le microcosme de la critique ciné et parfois même le grand public, voire les crustacés, comme ce fut le cas avec "The Losbter", ou récemment avec le pourtant clivant « Créatures célestes). Cependant, force est de reconnaitre que Kind of Kindness s’inscrit dans une veine moins classique et lorgne plus volontiers du côté des œuvres grecques (donc anciennes) du bonhomme. Et, à l’évidence le grec (ancien) est une langue aux sonorités un peu abscondes pour nombre de fervents du septième art, déroutés pour ne pas dire plus par l’abstraction et la rugosité qui émane du « nouveau Lantimos ». Découpé en trois segments convoquant chacun un récit différent, sans lien de prime abord les uns avec les autres, trois petits films mis bout à bout tournés rapidement dans l’élan (la postproduction) de « Pauvres créatures », Yorgos réutilise les trois principaux comédien de l’opus susnommé Emma Stone, Willem Dafoe, Margaret Qualley) en leur adjoignant l’énigmatique et inénarrable Jesse Plemons, chacun présent dans les trois parties, dans des rôles et des positions (c’était facile…) différents.

Ajouté donc à une relative opacité, le caractère opportuniste du métrage questionne la sincérité du metteur en scène, certaines plumes et voix avisées* l’accusant de recycler des scories de scénario voire de pellicule à peu de frais, tout en se donnant une légitimité auteurisante, en s’inscrivant dans l’absurde voire le non sens, qui se confondent parfois dans l'imagerie cinéphilique avec l’originalité ou le talent ; reproche souvent fait (peut-être à raisons d'ailleurs) par les mêmes sceptiques à Dupieux. Mais soyons honnêtes (!), Lanthimos c’est Dupieux en mieux (Dumieux en Pieu ?) et aussi en (un peu ) plus vieux.


A travers ses trois moyens métrages, le cinéaste grec ne fait qu’abonder finalement dans le sens de l’exploration des préceptes déjà présents dans son œuvre : l’emprise et la soumission, annoncés dès l’ouverture (rythmée par les paroles de Sweet Dreams d' Eurytmics), un pessimisme quasi morbide à peine modéré par un humour noir, une distanciation par rapport à des personnages souvent englués dans les travers les plus perfides de l’humanité.


Bref le cinéma de Yorgos ne respire pas l’optimisme béat, mais force est de reconnaitre que ce morceau de bravoure délivre quelques savoureux instants d’ironie, les pitchs des moyens métrages offrant quelques situations délicieusemlent absurdes : de l’homme (Jesse plemons) soumis à des employeurs qui gouvernent sa vie privée, jusqu’à déterminer le nombre de relations sexuelles qu’il doit avoir avec sa femme ou tentant de le contraindre à tuer un mystérieux quidam (trait d’union entre les segments), à la femme (Emma) « devenue impure », et rejetée par les gourous d’une secte car abusée de nouveau par son ex-mari toxique, mais s’abîmant toujours sans la quête de l’élue capable de guérir ses semblables, en passant par le mari (Jesse P toujours) inquiet à l’idée que sa femme adorée disparue en mer puis retrouvée soit en fait une autre (son pied a grandi et telle une cendrillon ratée, elle n’entre plus dans ses souliers), Yorgos déroute, se (et nous) régale d’inattendu, de scène outrageuses:

Il ose la scène porno , le rêve métaphorique du chien qui prend le pouvoir et gouverne l’homme

se perd parfois en propos inutiles, nous perd beaucoup, mais ces trois heures à la lisière du sordide, du fantastique et de la dystopie charment ceux qui se sont laissés emporter, mais laisseront probablement beaucoup d’autres sur le quai. Les comédiens sont parfaits , les personnages sont magnifiquement écrits, finalement récompensés de la folie d’abandonner leur destin aux griffes acérées de Lantimos...


* Voir l'avis de la bande de Capture Mag : https://www.youtube.com/watch?v=oylTuRlUBt0&t=1544s&ab_channel=CAPTUREMAG

Yoshii
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le 20 mars 2025

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