Entre épopée colombienne et gamineries hollywoodiennes, ce sont d'insupportables préliminaires dont Jessica Lange fait tous les frais en attendant plus et mieux. Après tout, son personnage le dit tout cru : au début de son aventure, elle devait participer à "un film de fesses" dont "Gorge profonde" aurait été le titre. Toute une époque. Et on en prend pour deux heures de fascination du "grand singe". À la réflexion, l'espèce homo lubricus semble bien plus nombreuse qu'on ne le croirait. Ce ne sont pas les barissements de frayeur à connotation sexuelle de Lange mêlés à ceux de la puissance mâle du grand singe (30 mètres, quand même !) qui le démentiront. Bien au contraire, tout le film sera bâti autour du fantasme qui fait de la puissance de la bête mâle le maître volontaire d'une féminité à laquelle il donne ... "le vertige" (sic). Ce qui n'empêche pas le dit "maître" simiesque d'être très accessible au(x) chame(s) de la très jolie allumeuse féminité hystérique qui fait ici, avec humour, son entrée au Panthéon des monstres sacrés de l'industrie du cinéma de Papa. Mais, au-delà de la fascination réciproque, soyons réalistes : " Toi et moi, ça ne pourra jamais marcher !" Prophétie visionnaire ou simple rejet des "conventions", dans tous les cas, vers un avenir où le machisme devra bien se tenir.
La fin du film, dans son paroxysme, avec la cavalerie volante et tout et tout, fera de ce monument du film d'aventures à la Jules Verne, le dernier des Mohicans du genre la Belle et la Bête, avant que le grand cirque des guerres des étoiles n'en prenne la relève.
L'épilogue verra 118 longues secondes d'une certaine Amérique en train de se délecter à en assassiner une autre. Monstrueuse "démonstration", ou bien est-ce une " performance ", de ce qu'elle sait faire.
Revenons sur Terre. Les grands singes sont pacifiques. Ce sont les singes savants, eux seuls, et apparemment surtout les septuagénaires au pouvoir, qui sèment la panique à bord du vaisseau Terre. Et, en 2025, comme une certaine représentation de la sagesse, est-ce un hasard s'ils vont par trois ? Un qui ne voit rien, un autre qui n'écoute pas et un troisième qui se tait. Mais c'est là une autre Histoire. La vraie. La nôtre.